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La journée mondiale de sensibilisation à la maltraitance des personnes âgées a lieu chaque année, le 15 juin. 

Elle a été instaurée par l’ONU en 2011 dans le cadre du plan d’action de Madrid sur le vieillissement. Cet accord international veut contribuer à créer une société de tous les âges, c’est à dire une société qui ne laisse personne au bord du chemin en raison de son âge.

La maltraitance des personnes âgées, enjeu planétaire

Considéré comme une affaire d'ordre privé, ce problème social a très souvent été absent du débat public. Il demeure encore aujourd'hui un sujet peu ou pas reconnu, et globalement sous-estimé. 

La maltraitance des personnes âgées représente toutefois un véritable problème de société et de santé publique qui nous concerne tous. Elle peut entraîner de graves traumatismes physiques, ainsi que des conséquences psychologiques graves, comme la dépression ou l'angoisse.

L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) estime qu’à l’échelle mondiale, les connaissances relatives à la maltraitance des personnes âgées et à la manière de la prévenir sont insuffisantes, en particulier dans les pays en développement. 

L’ampleur et la nature du problème commencent seulement à être esquissées. De nombreux facteurs de risque sont encore contestés et les données disponibles sur les mesures efficaces pour prévenir la maltraitance des personnes âgées sont limitées. 

Une journée mondiale est l’occasion idéale pour s’informer sur le sujet, en comprendre les enjeux et mieux connaître les dispositifs de prévention. 

Comment définir la maltraitance envers les personnes âgées ?

La maltraitance est un acte isolé ou répété ou l’absence d’intervention appropriée qui se produit dans toute relation de confiance et cause un préjudice ou une détresse chez la personne âgée (Rapport Mondial Violence et Santé, OMS 2002).

La maltraitance peut prendre plusieurs formes :

  • l'abus financier,
  • les violences physiques, psychologiques ou sexuelles,
  • l'abandon ou la négligence,
  • l'atteinte grave à la dignité,
  • le manque de respect.

La personne âgée résidant dans un établissement médico-social est essentiellement exposée au risque de maltraitance par négligence, imputable au sous-effectif et aux cadences imposées aux soignants. Les personnes âgées vivant chez elles sont plus souvent exposées à la maltraitance financière, aux violences physiques et psychologiques, aux atteintes à la dignité et au manque de respect.

Contrairement à certaines pathologies, il n’existe pas une étiologie qui permet de déterminer s’il y a maltraitance. Il est toutefois possible d’identifier des facteurs de risque imputables à la personne âgée, à ses proches aidants, à leur relation commune et au contexte. 

L’OMS identifie également des facteurs socio-culturels qui peuvent influer sur le risque de maltraitance des personnes âgées : 

  • la représentation des personnes âgées comme des êtres frêles, faibles et dépendants,
  • l’érosion des liens entre générations au sein des familles,
  • les règles d’héritage qui influent sur la répartition du pouvoir et des biens matériels dans les familles,
  • l’éclatement des familles (en France, la distance moyenne qui sépare une personne âgée de ses descendants est de 280 kilomètres), 
  • des ressources insuffisantes pour payer les soins ou faire appel à des aidants professionnels. 

Lieu de la maltraitance

La grande majorité des personnes âgées habitent leur domicile. Il est donc assez logique que la majorité des situations problématiques s’y déroule même si, médiatiquement, la maltraitance en milieu institutionnel est plus souvent évoquée. 

La maltraitance, un problème mal compris et rarement dénoncé par les victimes

La maltraitance est d’autant plus difficile à détecter que les victimes se taisent et n’osent pas parler de la situation qu’elles vivent. Soit par crainte de représailles ou d’institutionnalisation. Soit parce que, victimes de troubles de la perception, elles n’ont pas conscience de la gravité de la situation. Soit parce que leur entourage va nier ou minimiser la situation. 

Comment prévenir ou faire cesser la maltraitance envers les personnes âgées ?

La maltraitance est parfois difficile à identifier. Un acte isolé peut être le fruit du hasard ou d’une négligence passagère, en revanche sa répétition constitue bel et bien de la maltraitance. 

Si vous êtes témoin d’une situation de maltraitance, votre premier réflexe devrait être de tenter d’aborder le sujet avec les intéressés. Vous pouvez également contacter les autorités compétentes. 

Un premier filet de sécurité est tendu par la Fédération 3977 contre la maltraitance. Cet organisme coordonne un dispositif d’alerte sur les risques de maltraitance envers les personnes âgées et les adultes handicapés.

La Fédération 3977 s’appuie à la fois sur un numéro d’appel national unique (le 3977) et sur un vaste maillage de relais locaux lui permettant d’être présente dans 77 départements et de faire participer plus de 1 200 bénévoles à ses missions.

En cas de situation avérée, il est également possible de faire un signalement. Celui-ci peut être adressé aux autorités médico-sociales ainsi qu’au procureur de la République pour les cas les plus critiques. 

Les personnes âgées résidant dans des établissements médico-sociaux bénéficient des dispositifs de protections instaurés par la loi n°2002-2 du 2 janvier 2002 rénovant l’action sociale et médico-sociale. Ce texte reconnaît des droits fondamentaux au résident et notamment le respect de sa dignité, de son intégrité, de sa vie privée, de son intimité et de sa sécurité. La loi créée une série d’outils destinés à garantir ces droits. 

La situation est bien plus complexe à domicile où le nombre d’intervenants potentiels, les aidants familiaux et les tiers peuvent, volontairement ou non, être source de maltraitance. 

Le risque de maltraitance à l’égard des personnes âgées à domicile

“Les proches n’ont pas conscience d’être maltraitants, l’intervention d’un aidant professionnel va instaurer de la normalité dans la relation avec la personne âgée.”

Pour Rajaa Chahbi, Directrice de l’autonomie chez OuiHelp, la maltraitance au domicile résulte d’un glissement des tâches. Les proches aidants ont adopté un rôle qui n’est pas le leur et prennent en charge des activités de care qui sont du ressort des professionnels. 

Faire appel à un aidant professionnel permet bien souvent d’éviter ou de faire cesser les situations de maltraitance. 

En intervenant au domicile, l’aidant professionnel va rééquilibrer la relation avec la personne âgée en prenant en charge les activités de care, comme la toilette ou le change des protections contre l’incontinence. 

La relation entre le proche aidant et la personne âgée aidée peut alors se reconstruire sur les bases saines du rapport affectif et du lien social.

L’aidant professionnel joue également un rôle de vigie. Par sa présence régulière auprès de la personne âgée, il veille à éviter les situations de maltraitance.

Les services d’aide à domicile constituent un rempart contre la maltraitance domestique : 

  • en veillant sur la personne âgée pour détecter les situations anormales, les corriger ou les dénoncer aux autorités compétentes, 
  • en prenant en charge les activités de care qui sont du ressort des aidants professionnels,
  • en organisant le binôme aidant professionnel / aidé de manière à éviter tout risque de maltraitance de la part de l’aidant professionnel. 

Comment les services d’aide à la personne font-ils pour mener ces missions à bien ? 

Nous avons posé la question à Alenvi et OuiHelp, deux start-up sociales spécialisées dans l’aide à domicile pour les personnes âgées. 

OuiHelp mise sur la cohésion du binôme formé par l’aidant professionnel et la personne âgée aidée ainsi que sur la présence bienveillante d’un superviseur interne qui joue le rôle de médiateur. Ce superviseur rend régulièrement visite aux personnes âgées pour s’assurer que tout se passe bien. Ces visites sont également l’occasion d’observer les conditions de vie des personnes âgées et leurs relations avec l’ensemble des intervenants au domicile. 

Chez Alenvi, on veille également à ce que chaque intervenant ne reste pas seul dans sa pratique. Les auxiliaires de vie travaillent en binôme et des réunions d’équipe sont régulièrement organisées. Elles permettent aux auxiliaires de vie de débriefer sur leurs relations avec les personnes âgées mais aussi de faire remonter les anomalies constatées. Alenvi souhaite mettre en œuvre tout ce qui est pertinent pour lutter contre la maltraitance mais, reconnaissant qu’il est parfois difficile de détecter les causes racine d’une situation ou même de trouver la réponse adéquate, la start-up essaye de favoriser la prévention.

“ Que l'on soit un professionnel ou un membre de son entourage personnel, il existe autour de soi d'autres acteurs capables d'apporter leur expérience et de conseiller quant à la nécessité d'agir pour protéger la personne âgée. C'est pourquoi chez Alenvi, plutôt que d'instaurer des process pour contrôler chaque faits et gestes, nous préférons constituer un cadre qui favorise au maximum les échanges tout au long d'un accompagnement.” Alenvi.

Alenvi et OuiHelp misent également sur la formation et la sensibilisation des équipes. 

Chez OuiHelp, tous les intervenants bénéficient d’une formation spécifique sur les maltraitances faites aux personnes âgées. Ce dispositif leur dispense les informations nécessaires pour détecter les situations à risque et éviter les postures maltraitantes. 

Alenvi a développé une formation spécifique pour aider les auxiliaires de vie à mieux comprendre leurs bénéficiaires, notamment ceux qui sont atteints de troubles cognitifs. Cette compréhension contribue à une meilleure prise en charge des bénéficiaires et permet aux professionnelles de prendre du recul par rapport à leur pratique. 

La France dispose d’outils préventifs et répressifs pour contrer la maltraitance. Cependant, beaucoup de situations pourraient être évitées grâce à une meilleure prise en considération des besoins des personnes âgées et de leurs spécificités. Dans son rapport de 2016, l’OMS souligne des résultats positifs observés grâce à des campagnes de sensibilisation, notamment dans les écoles. Des événements comme la journée mondiale de sensibilisation à la maltraitance envers les personnes âgées doivent aussi contribuer à faire changer notre regard sur ce sujet. Nous espérons que notre article vous aide à y voir plus clair. 

 

Pour aller plus loin :
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Psychologue clinicienne, conférencière et écrivaine spécialiste du bien vieillir...


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Comédien, comédien de doublage et directeur artistique, Benoît du Pac exerce alternativement...


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