Sur les tréteaux de Robin Renucci

Ajouté le 17 avr. 2019, par Anne Rodet
Sur les tréteaux de Robin Renucci

Dans le cadre d'un partenariat entre la Maison de Balzac et les Tréteaux de France, Robin Renucci a lu des extraits du Faiseur d’Honoré de Balzac, lors des Journées européennes du Patrimoine en septembre 2015.
Les Tréteaux de France et Robin Renucci à la Maison de Balzac pour les Journées européennes du Patrimoine en septembre 2015
Dans le cadre d'un partenariat entre la Maison de Balzac et les Tréteaux de France, Robin Renucci a lu des extraits du Faiseur d’Honoré de Balzac, lors des Journées européennes du Patrimoine en septembre 2015. ©Jean-Christophe Bardot

Comédien et metteur en scène, Robin Renucci nous parle de sa passion de transmettre. Par le jeu, par l’enseignement, avec les Tréteaux de France.

Robin Renucci, quand vous êtes devenu comédien, vouliez-vous combler quelque chose de votre enfance ?

Oui, on veut toujours s’émanciper des assignations familiales ou géographiques. Imaginez : j’avais une maman surprotectrice, et ma chambre était située au-dessus de la salle de dégrisement de la gendarmerie où travaillait mon père ! Avant de devenir comédien, j’ai compris que l’école est l’endroit de l’émancipation, celui où l’on peut mettre des mots sur des inquiétudes. Ceux qui m’ont marqué sont ceux qui avaient de la passion de dire. Dès la maternelle, des maîtresses d’école ont guidé mon imaginaire : on nous faisait remplir des cases africaines pour canaliser notre énergie. Plus tard, en primaire, un professeur nous faisait lire des alexandrins dans le même but, puis au lycée il y a eu le club poésie et chanson qui a pris le relais. Toutes ces étapes m’ont conduit à l’école Charles Dullin puis au Conservatoire national d’art dramatique.

Quels ont été les premiers moments importants de votre carrière ?

J’ai toujours essayé de concilier le théâtre et le cinéma. « Le Soulier de satin » mis en scène par Antoine Vitez dans la cour d’honneur du Palais des papes à Avignon a été un grand moment. Au cinéma, je citerai « Escalier C » de Jean-Charles Tacchella. Je n’ai jamais non plus négligé la télévision. Mes parents vivaient dans un petit village où il n’y avait ni théâtre, ni cinéma, et j’ai fait de la télévision pour eux. La télévision est un outil populaire essentiel, même si j’émets des réserves sur le danger de manipulation que peuvent représenter certains programmes de la télévision.

Un comédien est-il condamné à l’égoïsme ?

Non, il faut oublier le mythe de l’artiste isolé sur lui-même. Je viens d’un milieu artisan et paysan où il y a beaucoup d’attention aux autres et beaucoup d’entraide. Petit, j’installais des chaises en paille dans les champs et j’improvisais. Quand des personnes ennemies dans la vie se mettaient à rire ou à s’émouvoir ensemble, j’étais aux anges ! Le public fait partie du spectacle. L’artiste a besoin de l’humain pour s’accomplir lui-même comme individu. Être comédien, c’est d’une certaine manière pratiquer une religion, au sens étymologique du mot : relier. Pour ce faire, il faut se situer à une certaine hauteur, être désintéressé.

C’est dans cet esprit que vous présidez l’Aria, Association des rencontres internationales artistiques, et les Tréteaux de France…

L’Aria a été fondée en 1998. Elle est installée en Corse, ma patrie côté maternel. Un théâtre a été construit à Pioggiola, baptisé « A stazzona », c’est-à-dire La Forge. Il accueille comédiens, amateurs, enseignants, étrangers, dans l’esprit de l’éducation populaire. On s’occupe de soi quand on s’occupe des autres ; on donne parce qu’on reçoit, et inversement. Quant aux Tréteaux de France, c’est une histoire qui se poursuit depuis 1959. J’ai succédé à Marcel Maréchal en 2011 : notre ambition est d’aller à la rencontre du public, là où il habite, d’Aubernay à Saint-Lô, où nous étions récemment. Nous proposons des pièces mais aussi des ateliers, des lectures, des débats, etc. Le public n’est pas client mais partenaire. C’est ce que j’appelle, au-delà de la diffusion, l’infusion des œuvres. Nous sommes des rémouleurs, nous misons sur la capacité de chacun d’aiguiser son intelligence et son esprit critique. Au sein des Tréteaux, qui ont la structure d’un centre dramatique national, il y a un équilibre des sexes et des générations, avec quatre comédiens permanents salariés, quatorze comédiens qui travaillent tout le temps mais ont le statut d’intermittent, et quinze administratifs. Les comédiens sont payés de manière égalitaire, et mieux qu’ailleurs. Nous fonctionnons comme une tortue : nous transportons tout sur notre dos : lumières, personnel, etc.

Comment est constitué le répertoire des Tréteaux ?

J’essaye de respirer avec le monde car je suis un citoyen. Nous avons d’abord choisi le thème de l’emprise avec des textes contemporains mais aussi des classiques comme « L’École des femmes » de Molière ou « Mademoiselle Julie » de Strindberg. Puis, nous avons traité la production et la répartition de la richesse, et nous nous sommes intéressés au temps avec « La Guerre des salamandres », d’après Karel Capek, auteur tchèque qui a inventé le mot robot.

Il est rare de rencontrer un comédien qui ne parle pas que de lui…

J’ai grandi en prenant conscience que l’élève doit s’élever grâce à l’autorité de celui qui est en face de lui : autorité a la même étymologie qu’auteur, celui qui augmente. Aujourd’hui, je suis père à mon tour, j’ai quatre enfants dont un est comédien, et je suis professeur au conservatoire où j’ai été élève. Et je sais que les ressources de la terre ne sont pas infinies… Il est essentiel de transmettre : « Loin de me léser, la différence m’augmente. », disait Saint-Exupéry.

 

Président de l’Aria et de l’Association des centres dramatiques nationaux, directeur des Tréteaux de France, Robin Renucci est membre du Haut Conseil de l’éducation artistique et culturelle.
Chevalier de la Légion d’honneur et chevalier dans l’Ordre du mérite, il est aussi Commandeur des arts et lettres.


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