À cœur ouvert avec la flûtiste Magali Mosnier

Ajouté le 21 sept. 2021, par Florence Batisse-Pichet
À cœur ouvert avec la flûtiste Magali Mosnier

Magali Mosnier, première flûte solo à l’Orchestre Philharmonique de Radio-France depuis 2003.
Magali Mosnier, première flûte solo à l’Orchestre Philharmonique de Radio-France depuis 2003.
Magali Mosnier, première flûte solo à l’Orchestre Philharmonique de Radio-France depuis 2003. ©Magali Mosnier

Dans le cadre de la Journée Mondiale du Cœur le 29 septembre, Les Concerts de la Maison de la Radio et de la Musique, France Musique et le Pôle santé Bergère, pôle de soins et de prévention du groupe Audiens, proposent une expérience inédite en « live » avec l’équipe des cardiologues pilotée par le Dr Alexandre Bensaid. Celle-ci consistera à mesurer l’activité cardiaque de spectateurs et de musiciens lors du concert de l’Orchestre National de France à l’Auditorium, le jeudi 30 septembre de 20h à 22h30. Pour l’occasion, Magali Mosnier, première flûte solo à l’Orchestre Philharmonique de Radio-France depuis 2003, une des plus talentueuses flûtistes de la scène internationale, a accepté de nous parler de son instrument. Son leitmotiv : être à l’écoute de son corps et de son souffle.

Comment s’est imposé à vous le choix de la flûte ?

En maternelle, je chantais tout le temps. L’institutrice avait suggéré à mes parents que je fasse de la musique. Il se trouve que maman était bibliothécaire et l’école de musique située au-dessus de la bibliothèque : c’était très pratique. Après trois ans d’éveil musical et de solfège, j’ai manifesté le désir de jouer d’un instrument à vent. Je voulais souffler ! Après une année peu concluante d’apprentissage du hautbois, je suis « tombée en amour » pour un jeune professeur de flûte. Sa façon de jouer m’a conquise. Cette rencontre a été déterminante.

Quels sont les atouts dans la pratique d’un instrument ?

Quand on évoque la technique instrumentale, la virtuosité, on pense en priorité à la dextérité, on ne considère que l’agilité digitale mais cela va bien au-delà. C’est la façon de souffler - et donc la respiration - qui met l’instrument en vibration. Un « instrument » de musique n’est que le prolongement de notre corps. 

Le souffle est donc fondamental ?

Quand on bloque sa respiration, la qualité du son en est impactée. Même si tous les instruments ne sont pas « à vent », dès qu’on est dans une démarche d’interprétation, la respiration est la clé. Un musicien quel qu’il soit, a besoin de respirer : on parle d’ailleurs de phrases musicales. 

Une des clés de l’apprentissage de la flûte ?

Pour nous instrumentistes à vent, la façon de faire descendre et monter son diaphragme est capitale : on l’aborde au tout début de l’apprentissage. Pour les petits flûtistes - et même chez les plus grands, quand ils sont justement obnubilés par la dextérité -, on fait des séances de respiration : on se couche à plat dos afin de prendre conscience de sa respiration et de bien respirer « à l’endroit » (sans monter les épaules et par la respiration abdominale). De même, avant un concert ou en situation de stress, il est essentiel de se focaliser sur sa respiration pour la calmer, la contrôler et ainsi pouvoir donner le meilleur de soi. 

L’enseignement prend-il en compte cette dimension corporelle ?

Dans les conservatoires, on propose des classes ou ateliers de technique Alexander (visant à se réapproprier des attitudes plus « justes » face aux circonstances de la vie). Pour ma part, quand j’enseigne, je suis dans l’observation de chacun de mes élèves : je veille à ce que les genoux ne soient pas verrouillés, que la personne soit bien ancrée le sol, en adéquation avec son propre corps et non à imiter systématiquement la position du professeur dont le corps est différent justement. Dès lors que notre corps se dérègle, rien ne fonctionne !

À quoi détecte-t-on des tensions chez un musicien ?

Quand j’entends un son qui ne me plaît pas : mon premier réflexe est de corriger la posture pour que le corps se relâche et retrouve de la flexibilité. Les flûtistes ou les violonistes, par exemple, tiennent leur instrument dans une position « anti-naturelle », ils doivent donc impérativement rester à l’écoute de leur corps, sinon ils s’exposent à des risques de douleurs et de tendinites. 

Quels sont les moyens d’y remédier ?

Si on respire mal, trop haut ou trop vite, le stress est décuplé. Dès qu’on se crispe, la respiration est moins naturelle. Je ne pratique pas le yoga personnellement mais beaucoup de mes collègues le font et certains sont même diplômés de cette discipline qui permet d’atteindre une forme de bien-être. Chacun, en tous cas, a recours à des exercices de relaxation pour se recentrer sur la respiration.

Quels sont les défauts du débutant flûtiste ?

La tentation avec les instruments volubiles - ceux qui font appel à une grande virtuosité digitale comme la flûte ou le violon -, est de démarrer en jouant très vite et très fort dans des registres extrêmes (évidemment c’est grisant !). Étudiante, lors d’auditions ou concours, j’ai le souvenir d’avoir entendu des concurrents jouer « à fond les manettes » dans la salle de chauffe : cela me traumatisait et m’agressait. Car je crois que j’avais déjà l’intuition de l’importance de la concentration et d’une respiration calme sans que personne ne m’en ait jamais vraiment parlé. C’est pourquoi, j’ai gardé l’habitude de prendre le temps de faire un petit échauffement physique, tout en lenteur, au niveau de la nuque et des bras et que je recommande à mes élèves de commencer leur journée avec une mélodie douce et tranquille, jouée pianissimo pour ne pas créer de tension. 

Avez-vous une hygiène de vie particulière ?

Pour les musiciens - à la différence des danseurs qui sont suivis par des ostéopathes et des kinés -, c’est à chacun de prendre soin de soi et d’être à l’écoute de son corps. Même quand on est professionnel, on peut être dépassé par une blessure ou se remettre difficilement d’une grosse fatigue. Je fais régulièrement de la course à pied. Cet exercice cardio m’aide à évacuer le stress et me procure une sensation de bien-être. En déplacement, j’ai toujours une paire de baskets !

Des solos qui font battre votre cœur ?

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Il y a le fameux Prélude à l’Après-Midi d’un Faune de Claude Debussy que je jouerai le 1er octobre prochain à la Philharmonie de Paris. Cette grande phrase de flûte seule qui commence la pièce, tout en douceur, est l’exercice par excellence sur la respiration. Et puis un autre grand solo de flûte que j’ai joué des dizaines de fois, dans Daphnis et Chloé de Maurice Ravel.

Un souhait ?

J’adorerais être appareillée - comme ce qui va être fait le 30 septembre lors de l’expérience mise en place par le Dr Bensaid - durant l’un de ces solos (avant, pendant et après) pour savoir ce qui se passe au niveau des battements de mon cœur. Avec le trac, dans les mesures qui précèdent, on sent vraiment que le cœur se met à battre la chamade. Pourtant, dès qu’on est dans le déroulement du solo, on n’a plus peur ! 

Un mot à propos de la journée mondiale du cœur ?

Toute notre vie repose sur notre souffle et notre pompe cardiaque. Que ce soit dans une pratique artistique ou sportive, ou dans son quotidien, être à l’écoute de sa respiration et en symbiose avec son souffle est bénéfique. On a tout à gagner à apprendre à mieux respirer.

Vos prochaines actualités 2021 ?

  • Les 26 septembre et 16 octobre prochain, je jouerai à deux reprises dans le cadre du Festival Ma Vigne en Musique à Narbonne, en musique de chambre puis en soliste avec l’Orchestre de Chambre de Toulouse.
  • Le 1er octobre, à la Philharmonie de Paris avec l’Orchestre Philharmonique de Radio France dirigé par Mikko Franck.
  • Le 2 octobre à la Seine Musicale avec Jean-François Zygel.
  • Le 8 octobre à l’Auditorium de Radio France avec l’Orchestre Philharmonique de Radio France dirigé par Thomas Adès.
  • Le 24 octobre à la Philharmonie de Cologne avec notamment Antoine Tamestit et Marie-Pierre Langlamet.


À noter sur vos agendas !

Journée mondiale du coeur.jpg

En partenariat avec les cardiologues du Pôle santé Bergère, l’expérience inédite du concert « live » consiste à mesurer l’activité cardiaque de spectateurs et de musiciens. 
Elle se déroulera lors du concert de l’Orchestre National de France à l’Auditorium de Radio France le jeudi 30 septembre de 20h à 22h30
Cette expérience fera l’objet à l’antenne de France Musique de deux focus avec notamment :

  • Un reportage de Suzanna Kubik dans la matinale de Jean-Baptiste Urbain, la semaine du 4 octobre à 8h10. 
  • Une chronique quotidienne du 27 septembre au 1er octobre à 7h43 dans la matinale. Les cardiologues interviendront avec des musiciens sur les thématiques liées au cœur et à la musique :  le cœur et le trac, le cœur et le chant, la musique et la pratique sportive, etc.
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