Ce qu’il faut savoir des maladies cardiovasculaires chez la femme

Ajouté le 17 juil. 2020, par Florence Batisse-Pichet
Ce qu’il faut savoir des maladies cardiovasculaires chez la femme

11 % des infarctus du myocarde touchent des femmes de moins de cinquante ans.
11 % des infarctus du myocarde touchent des femmes de moins de cinquante ans.
11 % des infarctus du myocarde touchent des femmes de moins de cinquante ans. ©Milena Shehovtsova

Rencontre avec le Docteur Alexandre Bensaid en charge de la mise en place et de la direction de l’activité de cardiologie du Pôle santé Bergère. C’est sur un problème majeur de santé publique que nous avons souhaité l’interviewer : les risques des maladies cardiovasculaires chez la femme.

Que peut-on dire des maladies cardio-vasculaires en France ?

En 2019, on a comptabilisé 80 000 infarctus du myocarde qui ont entraîné 12 000 décès. Sachant que 10 % d’entre eux surviennent dans l’heure de la survenue de l’infarctus, une consultation et une prise en charge rapide sont primordiales, d’où la nécessité de prévention et d’éducation médecins et des patients. 

Qu’en est-il chez la femme ?

À cause du cliché associant l’infarctus à une maladie masculine, les maladies cardiovasculaires chez la femme sont sous-évaluées. Or elles sont la première cause de mortalité devant les pathologies néoplasiques qui englobent l’ensemble des cancers : les maladies cancéreuses tuent nettement moins que les maladies cardiovasculaires. À titre d’exemple, l’infarctus du myocarde tue huit fois plus que le cancer du sein en France. Il y a donc une vraie préoccupation quant à l’épidémiologie et à la statistique de la survenue de l’infarctus du myocarde chez la femme, et notamment chez la femme de moins de 60 ans. On a notamment observé depuis ces dernières années, une augmentation de l’incidence, c’est-à-dire des nouveaux cas diagnostiqués, de quasiment 5 % chez la femme jeune de moins de 65 ans. Ainsi 11 % des infarctus du myocarde touchent des femmes de moins de cinquante ans.

Quel sont les éléments qui contribuent aux risques ?

Ce sont les facteurs classiques. Au premier plan : la consommation de tabac mais aussi l’association à un diabète, à de l’hypertension artérielle et à un taux de cholestérol trop élevé. Il y a aussi des facteurs prédisposant d’ordre génétique : le terrain familial augmente les risques ; de même des facteurs environnementaux (la sédentarité, le surpoids), le stress professionnel et la qualité de notre environnement. Chez 80 % des femmes, le tabagisme est identifié comme le premier facteur de risque. Il faut donc être encore plus vigilant sur la consommation de tabac qui est plus virulente chez la femme que chez l’homme. Enfin, il y a des aspects spécifiques liés à des moments de vie : la première contraception, la grossesse et la survenue de la ménopause. Dans la première partie de la vie, les femmes sont protégées par les œstrogènes mais la prise de contraception ou les dérèglements hormonaux augmentent le risque. Ainsi au moment de la ménopause, il est recommandé d’être accompagné. 

Quelles sont les manifestations les plus fréquentes des maladies cardio-vasculaires ?

Il y a des signes d’alerte classiques, connus de la population : une douleur aiguë brutale survenue à l’occasion d’un effort ou même au repos. Elle peut monter dans la mâchoire, le cou, voire irradier dans le dos ou les membres supérieurs. Cela peut se manifester par un malaise ou une perte de connaissance. Face à ces symptômes ou à une limitation progressive de sa capacité avec un essoufflement net qui va alerter le patient, il faut consulter en urgence. 
Chez les femmes, la présentation de l’infarctus du myocarde peut être plus atypique et doit nous rendre plus vigilants : elles peuvent ressentir des palpitations d’efforts modérées, avoir des sueurs, des sensations de nausées ou simplement éprouver une fatigue latente. 

À quel âge une femme doit-elle se faire contrôler ?

S’il est impossible d’établir une règle systématique de prévention ou de santé publique, il importe de privilégier une grande communication entre les médecins généralistes et les cardiologues, et entre ces derniers et les gynécologues. Au moment de la première pilule, lors d’une grossesse à risque ou en début de ménopause, consulter s’impose. Il faut s’orienter vers une médecine personnalisée du risque et avoir en règle d’adapter la prévention au risque du patient, homme ou femme.

Quelles sont vos recommandations en matière d’activité physique ?

On incite beaucoup nos patients et nos patientes à avoir une activité physique régulière car cela améliore le pronostic cardiovasculaire, tout en jouant sur le risque de maladies osseuses, de cancer ou encore de maladie d’Alzheimer. Il faut toutefois préciser qu’il ne faut pas tomber dans le travers extrême. Ce peut être tout simplement le fait de supprimer les escaliers, de faire une marche régulière, au moins 3 fois par semaine de 30 à 40 mn. Quand on a longtemps été sédentaire, la règle est d’en parler à son médecin ou son cardiologue, de faire un test d’effort et surtout de reprendre progressivement. Toute activité doit être encadrée et il ne faut surtout pas aller au-delà de ses limites. On a l’habitude de dire, classiquement, qu’il il faut toujours être en capacité de continuer à parler pendant son effort physique.

En cas de symptôme, quels réflexes adopter ?

Quand on se plaint de signes d’essoufflement, de fatigue, de palpitations chroniques, il faut envisager de consulter un cardiologue et lorsque l’on ressent un signe brutal, il faut appeler le Samu en composant le 15. 

Faut-il renforcer les mesures de prévention ?

Au vu des chiffres et des statistiques, il est encore nécessaire de renforcer l’éducation et la prévention. Quand une patiente a été victime d’un premier épisode, le fait d’être suivi à un impact énorme : cela permet d’éviter la survenue d‘autres événements. Son espérance et sa qualité de vie en sont optimisées. On peut agir sur le plan collectif par des campagnes de prévention contre le tabagisme, en sensibilisant en faveur d’une alimentation équilibrée et d’une pratique d’une activité physique. L’amélioration des conditions d’exercice professionnel (horaires, répartition entre temps de travail et vie personnelle) reste un point d’optimisation. Et sur le plan individuel, cela signifie qu’il faut repérer les personnes à risque, en faisant un accompagnement pluridisciplinaire et en informant sur les situations d’urgence.

 

Bio Express

Portrait Dr-Alexandre-Bensaid.jpg

Après son internat de cardiologie à Paris, Alexandre Bensaid, titulaire d’un Master en imagerie cardiaque, avant de devenir Chef de Clinique en soins intensifs à l’hôpital Henri Mondor. Depuis 2012, attaché à l’hôpital Bichat, ce cardiologue exerce en libéral dans le XVIIIe arrondissement.

 

À noter 

Depuis juin 2020, l’activité de cardiologie du Pôle santé Bergère (avec une équipe qui comptera six cardiologues en novembre 2020), peut accueillir tous les adhérents - et non-adhérents - d’Audiens. Elle propose tous les contrôles de cardiologie - non invasive - en ambulatoire (consultation et électrocardiogramme, doppler vasculaire, enregistrements continus du rythme cardiaque, de la pression artérielle, dépistage de l’apnée du sommeil) avec le souci d’un suivi personnalisé et d’une continuité des soins. 

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