Coraline C. : « Durant tout mon protocole de soins, j’ai voulu rester actrice de ma vie »

Ajouté le 19 oct. 2022, par Florence Batisse-Pichet
Coraline C. : « Durant tout mon protocole de soins, j’ai voulu rester actrice de ma vie »

Parole de femmes à l'occasion d'Octobre Rose 2022
Parole de femmes à l'occasion d'Octobre Rose 2022 ©Gorodenkoff

À l’occasion d’Octobre Rose 2022, mois de la prévention des femmes face au cancer du sein, Audiens Le Média a souhaité donner la parole à trois d’entre elles. Autour de cette épreuve, trois témoignages sans tabou, qui invitent à être à l’écoute de son corps. Quatrième entretien avec Coraline C.

En 2012, Coraline, 41 ans, est maman de deux enfants. Déjà confrontée dans le passé à des problèmes de santé, elle vit l’annonce de ce cancer comme une nouvelle injustice. Supportant difficilement ses traitements, elle trouve un soutien en complément de son protocole de soins avec des médecines douces.

Dans quel contexte, votre cancer du sein a-t-il été détecté ?

À la suite d’un accident qui m’a abîmé les seins, je dois passer une échographie annuelle. Lors de ce contrôle, une boule est identifiée. La radiologue m’explique que ma gynéco est déjà prévenue et qu’elle m’attend immédiatement pour une prescription de biopsie. Durant les quinze jours qui précédent les résultats, l’angoisse monte. La veille du week-end, je reçois l’appel de la gynéco : « La tumeur est petite mais mal placée. Plus on attend, plus il y a de risques qu’elle atteigne la chaîne ganglionnaire ». Elle m’adresse à un chirurgien pour la tumorectomie à l’issue de laquelle une nouvelle biopsie est effectuée. Une dizaine de jours s’écoulent avant de connaître la suite du protocole. 

Comment avez-vous réagi à l’annonce de ce cancer du sein ?

Jeune maman, je venais juste de reprendre une activité professionnelle. Cette annonce m’a dévastée ; j’ai vu ma vie basculer en trois semaines. J’ai d’abord ressenti beaucoup de colère et de rage. Lors des résultats de la première biopsie, je me suis littéralement effondrée par terre : je préférais mourir plutôt que de subir une chimiothérapie, j’étais terrifiée à l’idée de perdre mes cheveux, que la maladie soit visible. Je pouvais endurer beaucoup mais pas la pitié. Lorsque les résultats sont tombés : pas de chimio mais sept semaines de radiothérapie, ça a été un grand soulagement. J’ai cru que ce serait facile à supporter. Mon entourage a été très soulagé aussi et j’entendais régulièrement, « tu as de la chance finalement ». Il faut vraiment éviter ce genre de remarque … quel que soit le traitement, le cancer n’est pas une chance.

Avez-vous accepté plus facilement la radiothérapie ?

Je la redoutais moins que la chimio mais au bout d’une semaine, ma peau était brulée. On me prescrit une crème qui sert à soigner l’érythème des nourrissons : ça ne suffit pas. La brûlure était telle que je ne pouvais supporter le contact d’aucun tissu sur ma peau. Généralement, ces réactions surviennent en fin de traitement. C’est très rare que cela se manifeste aussi tôt. Dans la salle d’attente, j’écoute et j’observe. Toutes les femmes parlent de « coupeurs de feu ». Quand j’évoque le sujet à mon médecin, il se moque gentiment de moi. 

Vous faites alors appel à un coupeur de feu ?

Me revient en mémoire, une femme que j’avais rencontrée et qui pratique cela. Bien qu’habitant à plusieurs centaines de kilomètres de chez moi, celle-ci accepte de m’aider à distance. Elle se cale sur les horaires de mes séances, du lundi au vendredi pour atténuer la douleur. Je ne cesse pas pour autant de me crémer et de poser des compresses et la douleur cesse. Puis subitement, ça recommence. Je l’appelle : elle avait oublié pendant trois jours ! À partir de là et pendant toute la durée de la radiothérapie, elle m’a accompagnée à distance. Il y a dix ans, faire appel à un coupeur de feu était encore tabou. Si je n’avais pas été aidée par cette femme, j’aurais été incapable de poursuivre mon traitement.

Lorsqu’on vous explique que votre cancer étant hormonodépendant (ou hormonosensible), il faut compléter le protocole par un traitement d’hormonothérapie, comment réagissez-vous ?

Par peur de dérégler mon corps et notamment de prendre du poids, je suis à priori hostile à l’hormonothérapie, j’ai l’impression de m’empoisonner. Sachant que je m’expose à un risque de rechute, j’accepte finalement ce médicament que je suis censée prendre pendant cinq ans. Je le prends durant six mois. Au bout de deux mois, j’en ressens déjà tous les effets indésirables : état dépressif, épuisement total, prise de dix kilogrammes, perte de toute libido. Et comme si j’avais de l’arthrose dans tout le corps, je souffre de problèmes articulaires majeurs. Lors du rendez-vous de contrôle mensuel, j’expose cela à mon médecin : pour lui, tout cela est secondaire, ce qui compte c’est de conserver le protocole et d’éviter une rechute. 

Quand le traitement de prévention se révèle pire que le mal, que faire ?

N’en pouvant plus, je l’arrête pendant six mois. Je cherche à changer mon regard sur ce médicament et à perdre les kilos pris. Prête à adopter une posture positive, je décide de me faire accompagner en hypnose. Au début ça marche mais les mêmes symptômes reviennent. Au bout de six mois, je retourne voir l’oncologue : dans un discours très culpabilisateur, il pointe le risque d’une rechute et donc de chimio. J’ai quand même décidé de tout arrêter. Cela fera dix ans cette année que j’ai eu mon cancer et je n’ai pas eu de récidive. Je vis avec cette épée de Damoclès au-dessus de moi et chaque année, au moment du contrôle, j’ai  peur d’une rechute ou d’un autre cancer. Comme si mon corps était un terrain miné.

Ce qui vous a permis de tenir dans cette épreuve ?

Durant tout le protocole qui s’étale en moyenne sur une année, on ne s’appartient plus : le corps médical décide pour vous. Je ne supportais plus d’être dans l’attente : j’avais besoin de reprendre la main. Parce que je n’ai pas supporté d’être patiente et de n’être qu’un agenda, j’ai voulu rester actrice de ma vie. Ce travail d’acceptation à faire sur soi a été essentiel pour supporter, tant au niveau psychologique que physique, les effets indésirables des traitements. En complément de la médecine traditionnelle, quand les séances chez la psychologue ne suffisaient plus, je me suis orientée vers des médecines douces. En parallèle de mon protocole de soins, m’appuyer sur d’autres approches, telles que celles avec le coupeur de feu, l’hypnose, l’ostéopathie, l’acupuncture, a été vital pour moi.

Pour s’informer : consulter le site Octobre Rose 
Pour prendre rendez-vous avec le service de gynécologie ou pour une mammographie:  consulter le site du Pôle santé Bergère  
7 rue Bergère – 75009 Paris - Tél. 0 173 173 173

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