De l’art lyrique au jazz : le parcours de Maria Moreno

Ajouté le 25 oct. 2019, par Florence Batisse-Pichet
De l’art lyrique au jazz : le parcours de Maria Moreno

Portrait de Maria Moreno, la voix lyrique du jazz.
Portrait de Maria Moreno, la voix lyrique du jazz.
Portrait de Maria Moreno, la voix lyrique du jazz. ©Tiziana Luxardo

Cantatrice formée à l’art lyrique, Maria Moreno a interprété les grandes héroïnes du répertoire classique en France et à l’international. En parallèle, cette soprano chante aussi le jazz. Double registre pour une artiste hors norme.

Impossible d’échapper à son destin quand on a des parents chanteurs lyriques. En immersion totale avec l’univers musical dès sa conception (sic), elle est sensibilisée très jeune à l’écoute des opérettes et des grands opéras ; en même temps, elle s’initie avec passion à la poésie et à la littérature. La voix en héritage : sa vocation s’impose. Elle-même confie : « Ma mère m'a raconté qu’à l’âge de cinq ans, j’avais déclaré que je chanterai le grand opéra en Italie ! Or j’ai démarré ma carrière avec la Bohème de Puccini en Sicile.»

C’est dans sa ville natale de Bordeaux que Maria suit une double formation en musique, danse classique et jazz, avant d’entrer au cours du Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris : « Au départ, je voulais faire de la comédie musicale mais je me suis rapidement orientée vers l’art lyrique, en me spécialisant dans l’opéra (Donizetti, Bellini, Verdi, Puccini...), les musiques sacrées (Requiem de Mozart...), la mélodie (Duparc, Fauré, Ravel...). En parallèle, j’ai eu la chance de travailler avec un grand maestro italien, Walter Cataldi Tassoni, dont le père avait connu Puccini ; grâce à lui, j’ai appris à appréhender une œuvre. Mais surtout ce maître exceptionnel m’a redonné le sourire car on m’avait cataloguée dans le registre de mezzo-soprano alors que j’étais soprano lyrique. » Grâce à son talent et au hasard des rencontres, elle démarre sa carrière à l’international. Ainsi reste inoubliable ce séjour au Québec au cours duquel elle remplace au pied levé la soprano, tombée malade, qui devait chanter le requiem de Verdi. Or le ténor qui l’accompagne n’est autre que le directeur de l’Opéra de Québec. Remarquée, elle est engagée un an plus tard pour interpréter la Traviata : « Ce fut une rencontre extraordinaire, j’étais enfin reconnue pour ma voix ! »

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Après plus de quinze ans de tournées, elle se sent à l’étroit dans les carcans et les codes imposés par l’art lyrique. Curieuse de tous les genres, elle décide alors en 2012 de se lancer dans le jazz, le répertoire latino et le blues. La rencontre avec le contrebassiste Jean-Paul Artero marque un tournant dans sa carrière de chanteuse de jazz.
« Même si le classique reste ma base, j’essaie de concilier deux registres : l’art lyrique et le jazz. Ce besoin de liberté est également lié à ma vie de famille. En jazz malgré des codes bien précis, la manière de travailler en improvisation autour d’un thème est aux antipodes de la rigueur du classique… » Accompagnée par le pianiste et compositeur napolitain Vito Caporale, elle a sorti un premier album : Intuitivo en 2016, enregistré à Rome. Pour distinguer les deux facettes de sa carrière, elle a choisi deux noms : « Pour la partie lyrique, je suis Maria d’Aragnès et pour le jazz, Maria Moreno. Ce sont les noms de famille de mes deux grands-mères espagnoles qui m’ont, chacune, transmis leur force à travers cette devise : « Respecte-toi et ne vends jamais ton âme ».

Malgré son expérience, enseigner n’est pas dans ses priorités : « La transmission et l’enseignement technique ne sont pas à l’ordre du jour. Aux jeunes qui se lancent, je leur conseille : Maîtrisez la technique pour retrouver votre instinct premier et votre liberté. Faites-vous confiance ! » Quand on l’interroge sur le talent, elle explique : « Avoir un don ne suffit pas. Il faut beaucoup d’humilité, travailler sans relâche et avoir la conscience du parcours à accomplir. J’ai refusé par exemple de chanter Norma à 25 ans car il faut savoir dire non et attendre la maturité nécessaire. » Au quotidien, elle prône une vie saine et équilibrée avec pour règles absolues : ne pas fumer, éviter l'alcool et savoir s’entourer de personnes positives : « Nous sommes comme des sportifs de haut niveau. Il y a un travail de préparation pour échauffer la voix avec la respiration, les bouches fermées, les vocalises… Je m’astreins à cet entraînement tous les deux jours. » Un contrôle annuel des cordes vocales est recommandé. Suivie par le docteur et laryngologue Jean Abitbol, dont elle recommande l’ouvrage L’Odyssée de la Voix, Maria Moreno l’assure : si l’on travaille la sangle abdominale et le diaphragme sans forcer, l’organe ne vieillit pas. 

Ne cessant d’explorer le monde musical, Maria aborde en ce moment la musique de Franz Liszt sur les sonnets de Pétrarque : « J’aime la poésie et suis sensible à la beauté des textes. » L’occasion de rappeler ici comment se déroule le travail d’un artiste lyrique : « Avant d’étudier les partitions, la première étape est la compréhension du texte. Parfois il faut le traduire et surtout bien le replacer dans le contexte de l’époque par rapport au style du compositeur. C’est seulement après que peut démarrer le travail purement musical, avec une première lecture de l’ensemble, puis phrase par phrase. »
Si la technique reste indispensable, son leitmotiv est de rappeler : « Seule l’âme et le cœur gouvernent les émotions. De même, il est impossible de maîtriser toutes les langues pour saisir la beauté et l’émotion d’un texte : « Une langue correspond à une œuvre, un état d’âme. Quand on la maîtrise, il est plus simple d’entrer dans un rôle, ce qui est mon cas pour l’italien, mais on peut parfaitement parvenir à ressentir les émotions grâce aux traductions et s’appuyer sur la phonétique. »

Quel que soit le public - mélomanes ou non-initiés, il s’agit pour elle de donner sans compter pour atteindre ce moment de « transcendance dans le partage ». Et de confier en point d’orgue de notre entretien : « Capter l’attention du public est une question de sincérité, cela va au-delà de la voix. Je l’ai expérimenté à Metz, lors d’une répétition de Rigoletto, devant des jeunes de quartiers difficiles. Tous étaient dans une émotion pure et instantanée, il y avait un silence d’or, sans faux-semblant. » 
 

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Pour en savoir plus : www.mariamorenojazz.com

 

 

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