Entretien avec Aurélie Pierre, une professionnelle de la distribution (SND, Groupe M6)

Ajouté le 19 mars 2021, par Florence Batisse-Pichet
Entretien avec Aurélie Pierre, une professionnelle de la distribution (SND, Groupe M6)

Aurélie Pierre, directrice des ventes chez SND depuis 2010.
Aurélie Pierre, directrice des ventes chez SND depuis 2010.
Aurélie Pierre, directrice des ventes chez SND depuis 2010. ©Simarik

Il y a 16 ans, Aurélie Pierre a rejoint SND (Société Nouvelle de Distribution), la société de distribution de films et de droits audiovisuels, filiale à 100% du Groupe M6. Passionnée de cinéma depuis son enfance, elle revient sur son parcours et son métier : directrice des ventes. Explications sur les arcanes de la filière distribution, actuellement impactée par la pandémie de Covid-19.

Pouvez-vous nous présenter SND ?

SND développe, produit et cofinance des films français ou étrangers, puis les exploite en France sur tous les supports (cinéma, DVD/VOD, télévision). Avec une soixantaine de collaborateurs, on couvre toute la filière. Depuis une dizaine d’années, on a commencé à produire et on développe également des projets en les proposant à des réalisateurs et scénaristes… 

Quelques chiffres clés pour situer SND parmi les acteurs du marché ?

Depuis sa création en 1998, SND a cofinancé et distribué 294 films au cinéma. On comptabilise 152 millions d’entrées dont 52 millions sur les films français. 

  • En 2019, nous avons fait 9 964 582 entrées en étant classé 7e distributeur sur le territoire français et 3ème distributeur français au niveau national derrière Pathé et UGC. 
  • En 2020, qui a été une année pour le moins particulière avec la pandémie de Covid-19 et la fermeture des salles pendant 5 mois, nous avons enregistré 5 077 196 entrées et sommes passés 4e distributeur en France, et gagné la 1ère place des distributeurs français.

Quelles sont les typologies de films distribués ou produits par SND ?

Ce sont majoritairement des films français ou américain grand public, mais nous pouvons aussi acheter des films plus exigeants comme en 2017 A beautiful day de Lynne Ramsay qui a remporté deux prix au 70ème Festival de Cannes. Dans les films français, nous distribuons de nombreuses comédies mais aussi des films dramatiques comme Les apparences de Marc Fitoussi sorti en septembre dernier, ou prochainement La tresse d’après le livre à succès de Laetitia Colombani qu’elle va adapter au cinéma.

Des exemples de films cofinancés et distribués au cinéma par SND ?

Nos Jours Heureux, l’un des premiers films de Toledano-Nakache les films de la saga Twilight et plus récemment Yves Saint-Laurent, Les huit salopards de Quentin Tarantino, les deux volets d’ASTERIX réalisés par Alexandre Astier ou bien encore La la land qui a enregistré 2 770 000 entrées en 2017.

Des exemples récents de développement ?

Il y a eu les films réalisés par Nicolas Vanier Donne-moi des ailes (2019) et Poly (2020). De même, Divorce Club de Michaël Youn, Grand Prix du festival de l‘Alpe d’Huez en janvier 2020, est un développement qui est un beau succès vu le contexte de sa sortie : prévu le 25 mars, il a dû être reporté en juillet à cause de la fermeture des salles. Avec plus de 620 000 entrées, c’est très satisfaisant ! De même, Les blagues de Toto qui est sorti le 5 août a fait plus d’un million d’entrées. SND développe actuellement le numéro 2 ! 

Pouvez-vous revenir sur votre parcours ?

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Crédit Samuel Merle - photo prise au cinéma Les 5 Caumartin.


Je suis passionnée de cinéma depuis mon enfance. C’est donc cette passion qui m’a orientée vers ce métier. Après une formation littéraire et en communication, j’ai fait mes premières armes sur des festivals, pour le département cinéma de Hopscotch (anciennement Le Public Système), l’agence à l’origine du Festival de Deauville. Je travaillais au sein du service programmation. Nous programmions également le cinéma Mac Mahon et très vite, ce sont les aspects de la distribution qui m’ont intéressée, en particulier les relations avec les exploitants de salles. J’ai d’abord appris le métier de programmateur chez UIP (Universal, Paramount, Dreamworks) puis j’ai eu envie de travailler dans une structure indépendante pour avoir une vision globale d’une sortie de film. En 2005, j’ai eu l’opportunité de rejoindre SND comme programmatrice, puis on m’a proposé le poste de directrice des ventes en 2010. 

En quoi consiste votre rôle en qualité de directrice des ventes ?

Rattachée au directeur de la distribution, je suis chargée de la commercialisation des films auprès des salles de cinéma sur l’Hexagone. Je dirige une équipe de 10 personnes pour tout mettre en œuvre : les commerciaux ont chacun un portefeuille de salles et se partagent les régions ; il y a également deux collaborateurs en charge respectivement du marketing salles et une autre de l’événementiel. 

Les qualités essentielles à cette fonction ?

Nous avons des métiers de passion. Il faut aimer la salle de cinéma, avoir un bon relationnel, une bonne résistance au stress car c’est un métier de rapport de force, et également de la rigueur. La logistique reste un aspect important de notre activité, même si le passage au numérique, il y a 10 ans, et l’automatisation de certaines tâches ont considérablement facilité nos métiers.

Comment se décide une date de sortie de film ?

SND achète généralement beaucoup de films sur scénario avant le tournage. La date de sortie que l’on fixe doit être également validée par le producteur et nous devons aussi nous assurer des disponibilités du réalisateur et des acteurs pour la promotion. Mais il faut être prêt à s’adapter selon les sorties des concurrents, pour les films de même typologie. Notre but est que le film marche et fasse des entrées : il faut toujours trouver une adéquation.

Comment se prépare la programmation ?

La programmation s’élabore généralement trois mois avant : notre stratégie est de choisir les salles en fonction des typologies de films puis de les démarcher. Comme on est dans une industrie de prototypes, jamais aucun film n’est assuré d’un succès. Ce n’est pas une science exacte et il reste une part d’imprévisible. 

Les programmateurs des salles voient-ils systématiquement tous les films ? 

Impossible pour tous les programmateurs vu les 700 films qui sortent par an ! Les circuits qui ont un service dédié en voient la majorité, alors que les indépendants qui se programment ne peuvent en voir qu’une partie.

Pouvez-vous nous rappeler le nombre de salles ?

Il y a aujourd’hui plus de 2 040 salles en France dont 1 000 mono-écrans, soit un total de 6 114 écrans.

Quand le top départ est-il confirmé ?

La programmation se finalise le lundi à 13h avant le mercredi de sortie. Il arrive qu’une salle s’annule en dernière minute : cela peut être le cas quand un autre film a bien marché le week-end, car quand on entre un film, il faut en enlever un autre ! 

Quels sont les aléas les plus fréquents qui font qu’un film marche ou pas ?

Cela tient aussi bien à l’affiche qu’à la bande annonce, à la concurrence, à la météo, il y a aussi une part d’impondérable… Parfois, on a mésestimé un concurrent qui va faire un carton. Inversement, on peut avoir de mauvaises surprises. 

Une de vos plus grandes satisfactions au sein de SND ?

Avoir participé à l’aventure incroyable des Twilight : en effet, on n’avait aucune idée si ce qui était un phénomène aux États-Unis, allait fonctionner en France. Après la découverte du premier, les suivants ont été une déferlante. Certains fans appelaient directement à nos bureaux pour exprimer leurs commentaires…  Impossible également de ne pas évoquer La la land avec les Golden Globes, les Oscars et l’avant-première parisienne. Et enfin, l’expérience Tarantino : ce dernier est venu à Paris pour la sortie de son film Les huit salopards en 2016. Il avait exigé une projection en 70 mm et nous nous sommes occupés de trouver des salles à Paris et en région pour le diffuser.

Quel a été l’impact du Covid sur vos sorties de films ?

À sa sortie en mars, le film De Gaulle avait bien démarré après deux semaines d’exploitation. Puis avec le Covid, on fait le choix qu’il ressorte dans les salles à la réouverture en juin, plutôt que de profiter de la dérogation qui nous aurait autorisés à le vendre directement à une plateforme pendant le confinement. Au final, on a enregistré plus de 870 000 entrées, mais on aurait faire pu davantage. Belle reconnaissance que les 3 nominations qu’il a obtenu aux César 2021. Autre cas de figure, on a décidé repousser la sortie du film Kaamelott – le premier volet de la série culte prévu le 25 novembre-, réalisé par Alexandre Astier. Ce qui est à craindre, c’est désormais un embouteillage à la réouverture des salles.

Comment gérez-vous cette incertitude quant à une date de réouverture…

Toute la filière est impactée par le Covid et cela crée beaucoup d’inquiétude. Sachant qu’on devait rouvrir le 15 décembre, on était tous repartis sur des chapeaux de roue. À ce jour (1er mars date de l’entretien), on n’a pas toujours de date. La situation reste très inconfortable à la fois en tant que professionnel mais aussi comme cinéphile ! Les salles nous manquent.

 

Pour en savoir plus : 

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