Entretien avec Bruno Putzulu : Acte I

Ajouté le 17 avr. 2020, par Florence Batisse-Pichet
Entretien avec Bruno Putzulu : Acte I

Bruno Putzulu sur scène accompagné d’Aurélien Noël à l’accordéon.
Bruno Putzulu sur scène accompagné d’Aurélien Noël à l’accordéon.
Bruno Putzulu sur scène accompagné d’Aurélien Noël à l’accordéon. ©Aurore Vinot

Petites confidences du comédien Bruno Putzulu, recueillies au cours d’une longue conversation téléphonique.

Ce pourrait être un huis clos, celui d’un comédien seul sur scène. Sans public. Comme dans ses pires cauchemars. La réalité est celle d’un comédien confiné chez lui, comme la quasi-totalité des habitants de notre planète. Du soir au lendemain, Bruno Putzulu a vu le rideau se baisser sur ses deux spectacles. Il nous raconte son quotidien dévoilant émotions, souvenirs et interrogations …

Où et comment vivez-vous le confinement ?

Par crainte d’être porteur sain du virus et de contaminer ma famille qui est en Normandie, je suis resté à Paris. Habituellement, c’est en fonction de mes spectacles que j’organise mes journées. Aujourd’hui, je suis très impacté. Certains matins en découvrant le ciel bleu et le soleil, je n’ai pas le moral : c’est comme si m’on arrachait une journée de vie. Je commence par écouter les nouvelles du monde puis je plonge dans mes textes. Comme un pianiste fait ses gammes, je « refais les textes » que je jouais quand tout s‘est arrêté avec l’espoir de remonter sur scène avec eux... L’après-midi, je me consacre à l’écriture. Comme tout le monde, j’attends que ce cauchemar se termine...

« Faire vos textes » pour reprendre votre expression, qu’est-ce que cela vous procure ?

Tous les jours sans exception, je « me refais mes textes » pour renouer avec les auteurs. Avoir cette fraternité est essentielle parce que sinon on est en rade et les mots, les pensées de l’auteur vous faussent compagnie ! Il faut entretenir la mémoire du texte. Je devais jouer Douze hommes en colère jusqu’en juin, je fais le texte sans savoir si nous rejouerons la pièce et ça ce n’est pas facile. Ce n’est pas simple avec une distribution de douze comédiens ! Quand on est comédien, notre but est de porter la parole de l’auteur au public, ou sur un plateau de tournage. Si on n‘a plus cela, c’est une perte de sens.

Avant les mesures du confinement, vous aviez deux spectacles à l’affiche et un film en tournage…

C’est la première fois que je jouais les dernières de mes spectacles sans le savoir. À 19 h je jouais Douze hommes en colère au théâtre Hébertot, puis je prenais mon vélo pour aller jouer la pièce Les Ritals à La Scène Parisienne à 21 h. Les deux pièces avaient du succès et on était parti pour des prolongations. Pour Les Ritals, j’ai des dates de tournées prévues jusqu’en 2022 : impossible de savoir si les plus proches seront reportées ou annulées. J’avais aussi un projet télé d’un an qui devait commencer en mai ; qu’en sera-t-il, nous verrons bien. Quand je n’étais pas sur scène, je tournais à Nice sur L’envol, un long métrage de Frédéric Cerulli, dont le planning va être totalement décalé. Cet arrêt a été brutal.

Comment maintenez-vous les liens avec vos partenaires ?

On se joint par messagerie ou par téléphone. Les apéritifs par Skype, ce n’est pas vraiment mon truc. En revanche, j’ai prévu de faire une répétition en visio avec l’un des accordéonistes qui m’accompagnent sur Les Ritals : entretenir cet accord entre les paroles et la musique est important. Dans la pièce, il est assis. Il faudra que mon téléphone soit posé sur une chaise pour qu’il puisse voir mes déplacements. Rejouer le texte sera émouvant. Ils sont deux super musiciens à m’accompagner en alternance : Grégory Daltin et Aurélien Noël.

Il y a beaucoup d’initiatives d’artistes en live sur les réseaux sociaux, aimeriez-vous proposer un extrait des Ritals sur Facebook par exemple ?

Même filmé dans les meilleures conditions, un spectacle théâtral ne rend jamais aussi bien que lorsque le spectateur est dans la salle. Il y a comme un effet d’aplatissement. Donc jouer en visio avec un smartphone, je préfère ne pas y penser. J’aime trop ce spectacle pour le soumettre à cette torture.

Comment voyez-vous l’après confinement ?

Ni pessimiste, ni optimiste, j’essaie seulement de rester lucide. Je ne peux m’empêcher de m’interroger sur les conséquences de cette pandémie sur mon métier ; au moment où je vous parle, tout semble très compliqué. Pour les intermittents du spectacle, la situation est inquiétante, notre corps de métier sera un des derniers à reprendre le chemin du travail. Les tournages de films sont repoussés, certains pourraient même être annulés, de même pour les productions de théâtre. Les salles de théâtre seront-elles ré-ouvertes ? C’est un véritable casse-tête. Mes pensées vont avant tout aux nombreuses personnes en détresse en ce moment, aux malades, aux personnels hospitaliers qui luttent à leurs côtés, aux personnes qui perdent leurs proches. Dans le fonds, le reste c’est accessoire. Les morts ne reviendront pas, la tristesse restera, le théâtre lui, vivra toujours. Je ne vais pas pleurer sur mon sort.
 
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