Entretien avec Bruno Putzulu : Acte II

Ajouté le 24 avr. 2020, par Florence Batisse-Pichet
Entretien avec Bruno Putzulu : Acte II

Bruno Putzulu sur scène.
Bruno Putzulu sur scène.
Bruno Putzulu sur scène. ©Aurore Vinot

Petites confidences du comédien Bruno Putzulu, recueillies au cours d’une longue conversation téléphonique.

Ce pourrait être un huis clos, celui d’un comédien seul sur scène. Sans public. Comme dans ses pires cauchemars. La réalité est celle d’un comédien confiné chez lui, comme la quasi-totalité des habitants de notre planète. Du soir au lendemain, Bruno Putzulu a vu le rideau se baisser sur ses deux spectacles. Il nous raconte son quotidien dévoilant émotions, souvenirs et interrogations…

Comment vous est venu l’idée de l’adaptation du livre Les Ritals ?

À l’occasion d’un colloque sur l’immigration italienne à la mutualité, on m’avait proposé de lire un extrait des Ritals de François Cavanna. Après cette lecture, je me suis plongé dans la lecture de ce roman autobiographique ; je venais de perdre mon père et j’essayais d’écrire sur sa vie. J’en suis arrivé au constat que l’histoire racontée dans les ritals était un peu celle de ma famille et que Cavanna écrivait beaucoup mieux que moi, je me suis lancé dans l’adaptation.

En quoi cette démarche a-t-elle été une première ?

Habituellement, j’aime jouer ce que les autres me proposent. Le comédien est dépendant du désir des autres. Pour la première fois, poussé par les événements de la vie, c’est moi qui ai mis un projet sur pied.

Comment avez-vous mené ce travail ?

Il est impossible de monter l’intégralité du texte de Cavanna : j’ai fait des choix. Il m’a fallu trois à quatre mois de travail. Une autre personne aurait fait des choix différents. Une adaptation comme lorsqu’on joue un rôle, se fait en fonction de notre sensibilité tout en respectant l’auteur. Ça se passe en soi et, en même temps, hors de soi. 

Quelle est la genèse du spectacle ?

C’est un ami producteur Rocco Femia qui dirige la revue franco-italienne Radici, qui a produit le spectacle, l’un de mes frères a fait la mise en scène. On a répété à Toulouse avant de jouer en tournée puis au théâtre du Chêne Noir en hiver à Avignon ; suite à cette représentation, la famille Gélas nous a proposés d’accueillir Les Ritals dans la grande salle durant le Festival off. Le succès de la pièce et la presse unanime m’ont beaucoup touché, c’était pour mon frère et moi, la mémoire de notre papa honorée... Après le Festival, nous sommes partis en tournées et avons été programmés à La Scène Parisienne.

C’est votre frère qui a fait la mise en scène…

Mon frère Mario était instituteur. Il est désormais à la retraite mais il a toujours fait du théâtre. C’est lui qui m’a donné goût au théâtre. Quand j’ai préparé le Conservatoire, il était mon partenaire. Jusqu’à présent, on n’avait jamais partagé un projet théâtral. Il a été le premier à lire l’adaptation. Quand on a commencé les répétitions, nous avons vécu de réels moments d’émotion. On avançait vite parce qu’on se comprenait très bien ; même si, ce n’est pas toujours facile, tant on se connaît dans nos réactions… jusqu’au moindre petit soupir. J’espère qu’on aura d’autres occasions de collaborations.

L’histoire de Cavanna est celle de votre père et donc de votre famille, comment vos proches ont-ils perçu la pièce ?

Ma maman ainsi que mon autre frère, Luigi, ont vu le spectacle de nombreuses fois. Comme pour la famille Cavanna, notre famille est modeste, mon père italien avait épousé une française. Pour se fondre au maximum, lui qui se prénommait Giovanni avait francisé son prénom en Jean. À la maison, il parlait français et n’évoquait jamais le racisme : il nous protégeait de tout cela. Aujourd’hui, je regrette de ne pas parler l’italien.

Une anecdote liée au spectacle ?

Avant de faire l’adaptation, j’avais demandé les droits à l’éditeur qui avait demandé l’accord de la famille Cavanna, mais je n’avais pas leurs coordonnées... Or un jour, je reçois l’appel téléphonique d’un monsieur qui me propose de venir jouer le spectacle dans la salle des fêtes de Chaume-en-Brie. Après lui avoir expliqué la difficulté de la chose parce qu’il faut une scène et des éclairages, je sens sa déception : il me dit : « Mme cavanna qui a 97 ans, aurait voulu voir la pièce ». Sans hésiter, je lui réponds : « Nous viendrons ! ». Coïncidence de cette programmation, on a joué la veille à Nogent-sur-Marne, la ville où Cavanna a passé son enfance ! Le jour J, notre représentation a lieu l’après-midi : la salle est pleine. Se tient au premier rang, Mme Cavanna, ses enfants et membres de la famille, ainsi que les gens du village qui le connaissaient. Invités à déjeuner dans la maison familiale, nous avons pu avoir accès au bureau de François Cavanna où pas un seul objet n’a bougé depuis sa mort. Cette rencontre, ce partage, furent très émouvants.

Et du côté de la bande à Cavanna, comment ont-ils réagi ?

Le spectacle a été très soutenu par l’équipe de Charlie Hebdo et beaucoup d’amis de Cavanna comme Delfeil de Ton ont assisté aux représentations, son assistante Virginie Vernay a été très heureuse de l’adaptation et du spectacle. Lors de la représentation à Nogent-sur-Marne, un passage évoque une virée dans un bordel. Quand je joue, je dis « On allait au bordel à trois copains, c’est Jean-Jean Burgani qui nous en avait donné l’idée. » Soudain, une voix a retenti dans la salle : « Non, on était quatre ! » À la fin de la pièce, un vieux monsieur s’approche vers moi : « Excuse-moi, Bruno, mais il déconne, Cavanna, on était quatre au bordel pas trois. » Ce « Jean-Jean » (Burgani), son copain de toujours, cité dans le texte, est revenu voir la pièce plusieurs fois. Comme lui, de temps en temps, des personnes m’attendent après la représentation pour évoquer Cavanna. Ils sont touchés par le spectacle : « Comment t’as fait ? On t’a parlé de son père ? Il était exactement comme celui que tu joues. » Comme celui de Cavanna, mon père était un travailleur usé et courbé par l’effort. Le père que je joue sur scène est un mélange de celui de l’auteur et du mien. Je suis très touché par tous ces témoignages.

À voir aussi

picto boussoleLa chronique de...
Psychologue clinicienne, conférencière et écrivaine spécialiste du bien vieillir...


picto lumièreLumière sur...
En avant la Musique ! Voici la nouvelle exposition du Musée en Herbe en partenariat...


webconferences audiens protection sociale entreprises et particuliers
picto microWebconférences
webconferences audiens protection sociale entreprises et particuliers
21 oct.
ACTUALITÉ DE LA PROTECTION SOCIALE
Réussir votre OETH avant fin 2022
21 octobre - Inscrivez-vous
Découvrir les autres webconférences

2 minutes pour bien comprendre la réglementation pour la protection sociale
picto boussole2 minutes pour comprendre...
2 minutes pour bien comprendre la réglementation pour la protection sociale
Afin de vous accompagner un peu plus chaque jour, Audiens présente un nouveau format.
Les questions des étudiants sur : L’auto-entrepreneuriat
Voir la vidéo


picto choix sondageSondage
100% santé : êtes-vous suffisamment informé ?


picto choix sondageSondage
100% santé : êtes-vous suffisamment informé ?