Entretien avec Macha Méril : « Je poétise l’existence ! »

Ajouté le 11 déc. 2019, par Florence Batisse-Pichet
Entretien avec Macha Méril : « Je poétise l’existence ! »

Portrait de Macha Méril.
Portrait de Macha Méril.
Portrait de Macha Méril. ©Macha Méril

En janvier dernier, Macha Méril perdait son époux Michel Legrand. Comme un pied de nez à la vie, la comédienne a décidé de pérenniser l’œuvre du compositeur avec la création d’un festival de musiques de films qui devrait voir le jour en juin 2020. Actuellement en tournée, elle publiera en janvier un roman librement inspiré de ses origines de princesse russe. Une touche-à-tout résolument curieuse de la vie.

Écriture, théâtre, cinéma, production, radio, tout au long de votre carrière, vous avez touché à tous les domaines…

Avoir plusieurs voies d’expression n’est pas forcément synonyme de mener une vie effrénée. Ce n’est pas tant la question des dons que la curiosité et l’amour de la vie qui poussent à explorer plusieurs zones. L’âme d’un créateur ne peut être exempte du goût de l’aventure. Montaigne dans son jardin était toujours en train de changer d’univers. L’essentiel est de ne pas avoir peur d’oser. 

Votre discipline de prédilection ? 

Dans l’ordre, je place l’écriture, le théâtre, la cuisine et le cinéma tout en considérant qu’aucune de ces activités n’est vraiment mon métier. Je ne me vois ni comédienne, ni actrice de cinéma, ni écrivain, ni cuisinière : je suis tout simplement une femme qui écrit, qui joue au théâtre, qui fait la cuisine. Ça change tout car je n’attends rien. Le plus important, c’est la création.

Quel est votre rapport à l’écriture ?

C’est comme un point d’eau qui se met à jaillir, cela touche avec le mystère de la vie. Un jour, Marguerite Duras m’avait confié : « Je bois parce que je ne sais pas pourquoi j’écris. Les mots qui sortent, je ne sais pas d’où ils viennent ». C’est ainsi que mon nouveau roman s’est imposé à moi en fin d’année dernière. Ce furent aussi les derniers mois, passés aux côtés de Michel, lui qui me poussait tant à écrire. Quand on est un écrivain professionnel, c’est différent. 

Le pitch de votre prochain roman ?

Il s’agit d’un grand livre d’aventure qui raconte la vie d’une famille d’émigrés russes en France. L’histoire commence en 1939 et se termine aujourd’hui. La sortie est prévue en janvier 2020. 

Ce que vous aimez par-dessus tout au théâtre ?

Le cérémonial ! Le cinéma, c’est différent, c’est plus laborieux. Le théâtre est le seul endroit où l’on peut écouter un spectacle en silence. Chaque soir est une nouvelle aventure dans laquelle le public joue un rôle fondamental qui nous pousse à atteindre la perfection, comme un désir d’absolu. On réussit mieux certains soirs que d’autres : on est là pour faire du bien ! Les belles situations théâtrales délivrent de la banalité et de la médiocrité du réel.

Votre actualité ?

Depuis cet été, je suis en tournée avec La Légende d’une vie de Zweig, mise en scène par Christophe Lidon. J’ai un bonheur fou à jouer ce texte. Dans la distribution, il y a aussi Natalie Dessay que j’ai entraînée dans cette aventure de théâtre. 

Dans votre panthéon personnel, il y a George Sand, Colette et Marguerite Duras. Comme elles, vous êtes une femme libre…

Étant une fille d’immigrés russes, j’avais des libertés naturelles : c’était plus simple de m’affranchir des carcans. Ce que l’on ne choisit pas, c’est sa date de naissance : j’ai eu la chance d’avoir vingt ans en 1968. Ce désir de liberté a incroyablement modifié la condition féminine : je fais partie de cette génération de femmes précurseurs.

Vous avez toujours parlé sans aucun tabou du mariage et de la sexualité…

Avant cette histoire d’amour incroyable avec Michel Legrand et notre mariage, j’avais vécu avec des compagnons passionnants mais je n’ai jamais pensé que le mariage était une façon de résoudre un problème. Nous étions sûrs d’être heureux. Sur la sexualité, on dit beaucoup de bêtises. Après un certain âge, la sensualité s’exprime différemment. On passait de longs moments à se regarder, on s’embrassait tout le temps !

Comment dépassez-vous la disparition de Michel Legrand ?

Passé l’étourdissement du premier chagrin, je me sens parfois désespérée mais jamais abattue, et presque dans un état d’euphorie. Je poursuis les projets que nous avions entrepris, notamment l’idée d’un festival de musiques de films et de spectacles musicaux. Je mets en place une Fondation qui sera dotée d’un prix et d’une mini villa Médicis pour réhabiliter la place des compositeurs dans le cinéma.

Comment cultivez-vous l’enthousiasme qui vous anime ? 

Je poétise l’existence. Je jouis de chaque événement. Même mon chagrin me grandit. C’est à la portée de chacun : cela commence par de bonnes lectures, la fréquentation de personnes agréables et un solide optimisme.

 


Bio express

  • 3 septembre 1940 : naissance au Maroc
  • 1960-1962 : élève de l’Actors studio à New York
  • 1964 : actrice de la Nouvelle Vague
  • 1986 : César du cinéma de la meilleure actrice dans un second rôle Sans toit, ni loi
  • 1988 : Molière de la comédienne pour L’Éloignement de Loleh Bellon
  • 2014 : mariée avec Michel Legrand
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