Faut-il en vouloir aux boomers ?

Ajouté le 12 juin 2020, par Alexandre Faure
Faut-il en vouloir aux boomers ?

En France, les boomers qui se revendiquent comme tels se considèrent souvent comme la « génération qui a fait mai 1968. ».
En France, les boomers qui se revendiquent comme tels se considèrent souvent comme la « génération qui a fait mai 1968. ».
En France, les boomers qui se revendiquent comme tels se considèrent souvent comme la « génération qui a fait mai 1968. ». ©Shapecharge

Les boomers ne sont pas à la fête. Épinglés sur le web par la génération Y qui leur reproche leur égoïsme et réplique #ok Boomer à toutes leurs tentatives de justifications. Taxés d’égocentrisme par le journaliste François de Closets parce qu’ils voudraient être acteurs du débat public sur l’adaptation de la société à la longévité. Toutes les autres générations semblent liguées contre eux. Mais qu’est-ce qu’une génération ? Qui sont les boomers ? Sont-ils une génération ? Pourquoi tant de haine ? Nous avons mené l’enquête.

Qui sont les boomers ? 

La fin de la Deuxième Guerre mondiale a laissé les pays européens libres, mais exsangues. La reconstruction des pays et des peuples a pris des années. Le climat de renouveau économique et l’espoir suscité par la fin des conflits ont provoqué une augmentation spectaculaire du taux de fécondité dans les pays occidentaux. Ce phénomène démographique a été amplifié par la diminution de la mortalité infantile grâce à l’amélioration des conditions sanitaires et sociales.

En synthèse : pendant les vingt ans qui ont suivi l’armistice de 1945, la population a très fortement augmenté. La vague du Baby Boom s’est prolongée jusqu’au milieu des années 1970.
La fin « officielle » du Baby Boom est marquée par le choc pétrolier de 1973. Toutefois, pour certains historiens, il prend fin en 1960. 

Cette lecture politico-culturelle de la génération baby-boom va à l’encontre de la définition que les sociologues donnent au mot. Car, oui, les boomers forment une génération. 

Qu’est-ce qu’une génération ? 

C’est un concept en sciences sociales utilisé en démographie pour désigner une sous-population dont les membres, ayant à peu près un âge identique ou ayant vécu à la même époque historique, partagent un certain nombre de pratiques et de représentations du fait de leur âge ou de cette appartenance à une époque commune.

Au début du xxe siècle, Wilhelm Dilthey définit la génération de la manière suivante : « Un cercle assez étroit d’individus qui, malgré la diversité des autres facteurs entrant en ligne de compte, sont reliés en un tout homogène par le fait qu’ils dépendent des mêmes grands événements et changements survenus durant leur période de réceptivité. ».

La durée d’une génération humaine correspond généralement au cycle de renouvellement d’une population adulte apte à se reproduire, à savoir environ 25 ans.

La notion sociologique de générations - entendue comme une classe d’âge qui partagerait des valeurs communes à cause d’un vécu historique commun - ne fait pas l’unanimité.

La cohésion entre toutes les personnes nées entre deux bornes de temps n’a de sens que si elle est affinée par des critères socio-économiques. 

Le sociologue français Gérard Mauger s’est appuyé sur les travaux de Karl Mannheim et de Pierre Bourdieu pour développer la notion de génération au sein des sciences sociales. Dans le langage commun, elles opposent les jeunes, les adultes et les personnes âgées. Ces classes d’âges sont traversées par les divisions sociales. On n’est pas jeune, adulte, âgé, de la même manière selon le groupe social auquel on appartient : un adolescent issu des classes populaires n’a pas la même jeunesse qu’un autre issu des classes aisées. Par conséquent, lorsqu’on parle des boomers comme la « génération mai 68 », il s’agit d’un artéfact.

Mai 1968, la révolution des baby-boomers ?

En France, les boomers qui se revendiquent comme tels se considèrent souvent comme la « génération qui a fait mai 1968. ». Entendez par là, la génération qui a remis les dogmes en question et donné naissance à une société plus libre et éclairée. 

Une posture légèrement exagérée, car tous les boomers n’étaient pas sur les barricades et tous les manifestants de mai 1968 n’étaient pas des boomers. Certains n’étaient pas nés, d’autres avaient à peine 8 ans. Tous n’étaient pas étudiants et tous les étudiants n’étaient pas des manifestants. La lecture étudiante des événements de mai 1968 fait oublier les origines ouvrières et syndicales de ce mouvement social. 

Il n’en demeure pas moins un puissant aimant qui rassemble les boomers sous la bannière de ceux par qui la révolution culturelle s’est faite. Et c’est peut-être cette posture arrogante qui énerve les générations antérieures et postérieures. 

Les plus anciens qui ont pu être acteurs de mai 1968, participer à d’autres combats socioculturels ou contribué à la Libération apprécient moyennement d’être snobés par leurs descendants. Les plus jeunes, génération Y et Z qui n’ont pas connu mai 1968 ni ses séquelles considèrent, quant à eux, que les boomers sont surtout responsables de la société de consommation et de ses dérives, à commencer par le réchauffement climatique. Pris en étau entre leurs ainés et leurs cadets, les boomers semblent être le détonateur d’une sanglante guerre des générations.

La guerre des générations aura-t-elle lieu ? 

Non, selon le sociologue Serge Guérin, le concept de guerre des générations est l’un de ces fantasmes populaires entretenus par des médias en mal de scoop. Dans son essai de 2017 intitulé « La guerre des générations aura-t-elle lieu ? », le sociologue démontre que la société n’a jamais été aussi intergénérationnelle. 

« Tout montre que le lien intergénérationnel se renforce. Nous croyons vivre la guerre des générations, alors que nous avons la paix des âges. » (Serge Guérin)

Même son de cloche chez Mélissa Petit, sociologue également, qui estime que « le territoire ne vit que par la multigénération. Le concept de multigénération doit être mis en avant parce que l’intergénérationnel est restrictif. Il se limite à deux classes d’âge. La multigénération, c’est penser que tous les âges cohabitent entre eux et qu’ils se parlent. »

Si la guerre des générations ne couve pas sous la cendre, comment expliquer que les boomers soient si malmenés ? Peut-être parce que le concept même conduit au tribalisme. Les individus ne se définissent pas par le groupe auquel ils appartiennent, mais par le groupe auquel ils s’opposent. 

Le tribalisme comme grille de lecture

Le tribalisme n’est pas un terme officiel, sous ce terme sont rassemblées de nombreuses tendances qui ont été identifiées en psychologie. 

Ces tendances peuvent être résumées par le biais de tribalisme qui constitue la tendance irrésistible de l’être humain à créer et rejoindre des groupes. Un groupe est défini par ses valeurs et attributs communs, mais surtout il est défini par opposition à ceux qui n’y appartiennent pas. 
L’être humain va toujours se fragmenter en différents groupes qui vont se définir par opposition les uns aux autres. 

C’est simplement une expression d’un besoin fondamental humain de créer et rejoindre des groupes. L’humain a besoin de rejoindre des groupes. C’est ce que nos ancêtres ont fait pendant des centaines de milliers d’années. Cela ne peut pas être facilement effacé. 

Cette tendance n’est pas l’apanage des boomers ni de ceux qui les critiquent. C’est un mode d’expression de nos différences, inhérent à la nature humaine. L’opposition entre boomers, Génération X et Millenials n’est qu’une expression d’une tendance profonde à rechercher des différences pour justifier nos propres postures. 

Les boomers ne sont ni une génération maudite ni une génération bénie. C’est une nouvelle manière de créer des oppositions là où il n’en existe pas vraiment ! 

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