Guillaume Ancel : de Saint-Cyr à l’entreprise, un homme en quête d’humanisme

Ajouté le 10 nov. 2021, par Florence Batisse-Pichet
Guillaume Ancel : de Saint-Cyr à l’entreprise, un homme en quête d’humanisme

Guillaume Ancel actuel directeur de la communication de l’Agirc-Arcco.
Guillaume Ancel actuel directeur de la communication de l’Agirc-Arcco.
Guillaume Ancel actuel directeur de la communication de l’Agirc-Arcco. ©Guillaume Ancel

Directeur de la communication de l’Agirc-Arrco, Guillaume Ancel a rejoint le monde de l’entreprise depuis une vingtaine d’années, après avoir consacré autant de temps dans l’armée. À l’occasion de la publication de son quatrième livre, « Un casque bleu chez les khmers rouges » paru aux Belles Lettres (mai, 2021), retour sur un parcours à contre-courant du système. Écrire pour ne pas oublier. Écrire pour donner des clés.

S’il fallait trouver un fil rouge dans le parcours de cet ancien officier devenu Dircom, ce serait son intérêt pour les autres. Homme de compromis et privilégiant l’écoute, Guillaume Ancel promeut l’intelligence collective. À travers ses récits de guerre, explorant ses souvenirs, il témoigne comme un acte de foi, soucieux de vérité. Après Sarajevo et le Rwanda, il nous entraîne au cœur de la jungle cambodgienne. Une fois encore, il s’est livré à une étonnante expérience d’écriture, celle de remonter le temps, 30 ans en arrière, sur une période de six mois, de mai à octobre 1992. 

Le capitaine Guillaume Ancel a alors 27 ans. Il est envoyé comme observateur dans un pays livré au chaos, sur les traces d’un génocide. Sa mission ? Négocier l’application des accords de paix signés à Paris, y compris par les Khmers rouges. « En opération, ce qui m’a ouvert les yeux, c’est l’importance de l’altérité ; en même temps, rien ne nous distingue derrière nos uniformes. Ce furent des expériences enrichissantes mais aussi très risquées, comme lors de ces situations où je me suis retrouvé avec un pistolet sur le front ! Si la confrontation avec la violence est inévitable, cela apprend à prendre du recul. »

Qu’allait-il faire dans cette galère ? Pourquoi ce fils d’une grande famille bourgeoise d’entrepreneurs lyonnais, avait eu envie de rejoindre l’armée ? Le goût de l’aventure ? Du risque ? De la justice ? La réponse jaillit sans hésiter : « Une envie de sortir du bocal ! »  Contrariant l’usage de son milieu, le jeune homme s’inscrit à Saint-Cyr : « Je voulais comprendre comment des personnes décident de mettre en risque leur vie pour servir une cause plus grande que leur profit. » Dans la prestigieuse école militaire, un milieu encore plus fermé que le sien et dont il ne connaît pas les codes, ses camarades sont à 80 % des fils de militaires. Mal accueilli, il ne lâche rien, plus déterminé que jamais : « J’ai toujours détesté qu’on m’impose des choses. » Après deux ans de préparation et quatre ans de formation, il part en unité de combat, dans cette armée du monde que sont les Casques bleus. C’est l’époque où la France se met à intervenir largement sur des théâtres de guerre extérieurs. 

Au cours de sa première mission et à contrepied de l’usage établi, il découvre le rôle des femmes, leur force et leur puissance de conviction. Aujourd’hui encore, il regrette qu’elles soient si peu présentes dans l’armée - comme d’ailleurs les minorités. Emplies de sagesse et d’humilité, toutes les personnes qu’il va côtoyer durant cette période, lui apprennent à ne plus s’arrêter aux apparences : « Ce qui prime chez un officier, c’est sa capacité à dire non. Et son honneur réside dans son humanité bien plus que dans sa discipline. » Après son expérience de négociateur au Cambodge, il part au Rwanda avec la Légion étrangère. Là-bas, il est confronté à un paradoxe insoutenable : faire partie d’un collectif qui doit obéir, tout en comprenant que ce dernier se retrouve à protéger et réarmer des génocidaires, ceux-là mêmes qui massacraient 1 million de personnes ! « En respectant la prise de position de notre gouvernement, on était du côté des bourreaux ! Mes camarades refusaient de sortir de ces ordres pour ne pas voir la situation. Dans la réalité, nous conduisions une fausse mission humanitaire. Quelques officiers seulement ont osé refuser. »

Même si cela appartient à son ancienne vie, l’émotion chez Guillaume Ancel affleure. Il évoque cet autre épisode déterminant : celui de son passage en ex-Yougoslavie. Officier d’artillerie, toujours avec la Légion étrangère, il est envoyé à Sarajevo. Ce sera le dernier mandat de l’ONU et le massacre de Srebrenica… Sa mission consiste alors à guider les frappes aériennes : « Il s’agissait d’intervenir mais avec l’interdiction d’intervenir ! Alors qu’on aurait pu stopper les massacres en moins de deux jours, cela a duré 4 ans. » Pour celui qui avait voulu sortir du bocal familial, le système qu’il découvre est insupportable : « Je me suis toujours demandé comment nous ne sommes pas devenus fous. Pour la première fois, j’ai vu cette Légion étrangère inébranlable, déstabilisée. J’ai même reçu l’ordre de riposter sans tirer... » 

Se rappelant que les instructeurs à Saint-Cyr ne pouvaient pas évoquer la guerre d’Algérie, il mesure la perversité de cette culture du silence ! Il retient pourtant une leçon apprise auprès de la Légion : « L’image d’Épinal de la Légion qui obéit quand le chef a donné ses ordres est fausse. Avant un combat, le chef écoute : le moindre soldat a le droit de prendre la parole et d’alpaguer son supérieur. Cela m’a éclairé sur les démarches apprenantes : même dans les unités militaires, il y a un besoin d’expression. » Constatant cette relation aberrante entre l’armée et le pouvoir politique, il la dénoncera plus tard par ses récits : « Sur le Rwanda ou Sarajevo, le politique ne voulait pas qu’on raconte la réalité ! ». 

À 35 ans, Guillaume Ancel entreprend une formation approfondie sur le management, puis il organise les restructurations de l’armée de terre. Ce chantier colossal aboutira à la fermeture de 100 bases dont 20 000 postes à temps plein ! « Il a fallu de manière industrielle reclasser, trouver des accords avec les syndicats et le personnel civil : ce fut une période très compliquée, sauf que ce n’était pas le but de ma venue dans l’armée. » Tout naturellement, il décide de reprendre sa liberté : sans retraite, il démissionne, espérant mettre à profit ce qu’il avait appris, au service du monde de l’entreprise. Séduit par son parcours atypique, Guillaume Pepy le recrute en 2005 à la SNCF, alors que sonne le glas de l’ouverture à la concurrence. Il se voit confier des transformations du milieu si conservateur des cheminots. Le défi est énorme et il lui faut se battre. Résultat ? Il est débarqué pour l’avoir fait. Non sans une pointe d’ironie, il qualifie cette sortie de « syndrome du baiser de Judas » ! Après avoir piloté pendant six ans, la gouvernance institutionnelle du groupe Humanis, il est aujourd’hui directeur de la communication de l’Agirc-Arcco, le régime de retraite de tous les salariés du privé. 

Désaccords et culture du débat sont son leitmotiv, car c’est à cette condition qu’on construit des sociétés apprenantes, explique-t-il. Malgré les pressions et les menaces, ce démocrate convaincu décide alors de raconter pour témoigner ce qu’il a vécu de l’intérieur en tant qu’officier : « Ce n’était pas évident d’écrire. J’ai voulu être vrai en évoquant la réalité, même quand elle n’était pas à mon avantage. Mon objectif est de donner quelques pièces du puzzle. Je suis choqué que les archives ne soient pas ouvertes au bout de quelques années, comme dans d’autres états, et qu’après les opérations militaires, il n’y ait pas de débat démocratique sur leur bien-fondé. Les militaires ont besoin de prendre la parole, car on ne peut pas régler les problèmes tant qu’ils sont tus. » 

À ses yeux, un combat est à mener aussi dans les entreprises qui doivent lutter contre l’opacité. Ainsi, la mission d’un Dircom doit être de s’assurer en interne que les personnes puissent s’exprimer, et qu’en externe, l’entreprise puisse faire preuve de transparence : « À l’Agirc-Arrco, nous parvenons à des compromis parce que nos organisations sont capables de laisser s’exprimer la contradiction. » Si la langue de bois n’est pas son fort, Guillaume Ancel a réussi à faire sienne la devise latine : verba volant, scripta manent. C’est pourquoi, il faut le lire.

 

Pour en savoir plus : à travers son blog et ses livres, l’ancien officier, Guillaume Ancel reste un observateur passionné des zones de conflits pour mieux établir la paix :

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