La cohabitation intergénérationnelle, solution d’avenir à l’isolement

Ajouté le 12 août 2019, par Alexandre Faure
La cohabitation intergénérationnelle, solution d’avenir à l’isolement

Entraide intergénérationnelle au sein d’un habitat inclusif
Entraide intergénérationnelle au sein d’un habitat inclusif
Entraide intergénérationnelle au sein d’un habitat inclusif ©FG Trade

La cohabitation intergénérationnelle solidaire est l’échange d’un logement contre un service rendu. Une personne âgée sous-loue une partie de son domicile à un jeune. En échange du gîte, le sous-locataire s’engage à aider et assister la personne âgée. Ce dispositif qui existe en France depuis 2004 bénéficie d’un régime juridique dédié depuis novembre 2018. Pour qui, pour quoi et comment ? Audiens Le Média vous dit tout sur la cohabitation intergénérationnelle et solidaire.

L’isolement, cause racine de la perte d’autonomie ?

Savez-vous que 31,6% des ménages de plus de 65 ans et 49,4% des ménages de plus de 80 ans sont composés d’une seule personne?

Même si ce n’est pas synonyme d’isolement, vivre seul expose davantage les personnes âgées aux épreuves psychologiques et sociales de la vieillesse. En effet, les ménages retraités composés d’une personne, notamment les plus âgés, bénéficient en moyenne d’une moindre assise économique et sont davantage affectés par la perte d’autonomie et le déclin des relations sociales2 .

La question de l’isolement des personnes âgées et son impact sur leur santé a été révélée de bien triste manière lors de l’épisode caniculaire de l’été 2003. Mal informées et mal accompagnées, des milliers de personnes âgées qui vivaient seules ont été victimes de déshydratation sans que personne ne puisse les assister. À la même époque, l’Espagne qui était également atteinte par la canicule a mieux géré la crise notamment grâce à un dispositif jusqu’alors inconnu en France : la cohabitation intergénérationnelle. Des étudiants cohabitant avec des personnes âgées pouvaient veiller à leur bien-être et leur apporter un soutien moral et physique. C’est un reportage télévisé filmé à Barcelone en août 2003 qui a fait connaître ce dispositif en France. Dès 2004, plusieurs associations se sont constituées dans le but de promouvoir la cohabitation intergénérationnelle solidaire dans l’hexagone.

En quoi consiste la cohabitation intergénérationnelle ?

La cohabitation intergénérationnelle solidaire permet à des personnes de plus de 60 ans qui sont propriétaires ou locataires d'un logement de le partager avec un jeune de moins de 30 ans. Ce jeune verse une contrepartie financière et apporte soutien et présence bienveillante à la personne âgée. Le dispositif est applicable à tous les types d’occupants : propriétaire comme locataire, dans le parc privé comme dans le parc social. Les locataires doivent informer le bailleur mais celui-ci ne peut s’y opposer. Ce mode de logement apparaît comme étant « plus qu’un simple toit » aux yeux de l’opinion publique. C’est la rencontre entre deux personnes. Un senior et un étudiant ayant chacun un besoin (une présence, un logement...) et quelque chose à offrir : une chambre pour le senior, de la présence, ou une contribution financière aux frais de la maison ou les deux pour le jeune. Cette rencontre est le plus souvent organisée par une association afin de réunir toutes les conditions nécessaires à une cohabitation conforme aux attentes du jeune, du senior et des familles. Cette formule bénéficie d'une image d’autant plus positive auprès de l’opinion publique qu’elle renvoie à des valeurs de nouveau en vogue : la solidarité et le rapprochement des générations.

Cadre légal de la cohabitation intergénérationnelle

La cohabitation intergénérationnelle a longtemps existé dans un vide juridique, peu favorable à son développement. Les personnes âgées, notamment, étaient réticentes à ouvrir leurs portes à des inconnus, sans disposer de garanties légales sécurisantes.

Les choses ont changé grâce à la loi n° 2018-1021 du 23 novembre 2018 (dite Loi ELAN). L’article 117 donne une définition officielle et fixe des conditions cadre et des dérogations au droit commun pour la cohabitation intergénérationnelle solidaire. Selon les professionnels, c’est le texte qui pourrait changer la donne et faire enfin décoller un dispositif qui, malgré toutes ses qualités n’avait jusqu’alors convaincu qu’un très petit nombre de binômes senior - jeune.

Comment fonctionne la cohabitation intergénérationnelle ?

La cohabitation intergénérationnelle implique deux parties prenantes :

  1. Une personne âgée de plus de 60 ans, propriétaire ou locataire d’un logement disposant d’une chambre d’amis où elle pourrait recevoir un colocataire.
  2. Un jeune de moins de 30 ans disposé à payer une contribution financière et à consacrer du temps à la personne âgée qui l’héberge.

Il est possible de créer des binômes en toute autonomie, cependant, je vous recommande de vous faire accompagner par une association spécialisée. Ces organismes sécurisent le dispositif.

Vous pouvez notamment contacter :

  • Le réseau COSI, union d’associations locales créé en 2004, réunit une trentaine d’organismes locaux. Le réseau revendique 1 000 binômes créés chaque année dans 30 départements,
  • Ensemble 2 Générations, une association nationale créée en 2006. Elle revendique 650 binômes créés chaque année, six agences en Ile-de-France et 25 en régions.

En quoi consiste la contribution d’une association de cohabitation intergénérationnelle solidaire ?

Les associations veillent à ce que chaque partie prenante respecte son engagement :

  • Le senior doit mettre à disposition un espace de vie décent et adapté.
  • Le jeune doit payer une contribution financière et s’engage à créer du lien social et donner quelques coups de main à la personne âgée.

Les associations rencontrent les parties prenantes et cherchent à créer des binômes affinitaires. Elles encadrent les échanges préalables entre senior et jeune. Elles s’assurent que chacun a bien compris le contexte et que jeunes comme senior sont « compatibles » entre eux et avec un dispositif qui n’est pas juste « un bon plan ».
Elles peuvent prendre en charge le volet administratif de la prestation et notamment le prélèvement du loyer payé par l’étudiant.
Elles offrent une voie de recours en cas de litige ou de problème dans la vie du binôme.
Elles rassurent les familles du jeune et de la personne âgée en jouant un rôle clé de tiers de confiance.
Elles s’assurent que les conditions de formation du binôme sont conformes à la loi et formalisent la prestation via des contrats type qui appliquent les dispositions de l’article 117 de la loi ELAN. Ce point est crucial. Le dispositif légal protège les parties et offre des conditions dérogatoires au droit commun. Un contrat correctement construit supprime le risque de requalification en location meublée ou en contrat de travail ! Grâce à cet accompagnement au plus près des intérêts des parties, les associations contribuent à la pérennisation de la cohabitation intergénérationnelle. Dans le réseau COSI, 40% des seniors qui ont fait une première expérience la renouvellent l’année suivante.

Quel avenir pour la cohabitation intergénérationnelle solidaire ?

Dotée de son régime légal, la cohabitation intergénérationnelle solidaire dispose d’un solide argument pour convaincre. Le dispositif doit désormais être présenté et expliqué aux parties prenantes potentielles. En effet, loi ou pas, malgré le souhait de rester chez soi quand on est seul et âgé, accepter d’ouvrir la porte de son foyer pour héberger un “inconnu” ne se fait pas « en claquant des doigts ». Il est nécessaire d’expliquer sans relâche comment la cohabitation intergénérationnelle solidaire peut aider les Français à bien vieillir. Cet article doit y contribuer.

Un rendez-vous pour aller pour rencontrer les parties prenantes

Le 10 septembre 2019, j’organise une conférence-débat sur la cohabitation intergénérationnelle. 

Cette initiative de Martine Chevalier Aulagnier, Conseillère d'arrondissement déléguée aux Seniors et à la lutte contre l'exclusion, est organisée sous l'égide de Jean-Pierre Lecoq, Maire du sixième arrondissement et Conseiller régional d'Île-de-France.

La conférence débat aura lieu à 18h00 à la mairie du sixième arrondissement de Paris. Je recevrai les représentants du Pari Solidaire et Ensemble2Générations ainsi que Christiane Flouquet, directrice de l’action sociale de la CNAV Île-de-France. Nous ferons également intervenir des seniors et des jeunes ayant expérimenté la cohabitation intergénérationnelle avec ces organismes.

Entrée libre et gratuite dans la limite des places disponibles. 
Pour vous inscrire : Inscription à la conférence-débat 
Adresse de la mairie : 78 rue Bonaparte, 75006 Paris.

 

1Atlas des seniors et du grand âge en France, 2017
2Idem

 

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