L’habitat inclusif, enjeux et perspectives

Ajouté le 08 févr. 2021, par Alexandre Faure
L’habitat inclusif, enjeux et perspectives

Stéphane Sauvé, fondateur de Rainbold Society.
Stéphane Sauvé, fondateur de Rainbold Society.
Stéphane Sauvé, fondateur de Rainbold Society. ©Stéphane Sauvé

L’habitat inclusif est une formule d’habitat principalement destinée aux personnes âgées et handicapées qui a émergé en France au cours des deux dernières décennies. Cette formule enrichit l’alternative offerte aux personnes ne se sentant plus capables de demeurer à leur domicile.

Définition

Les habitats inclusifs se présentent ainsi comme des habitats adaptés, partagés, proches d’un domicile traditionnel sans l’isolement qui lui est habituellement associé. Si le terme d’habitat inclusif regroupe des habitats très variés, on retient généralement trois caractéristiques communes à l’ensemble de ces lieux de vie :

  1. Des espaces individuels spacieux, proches d'un domicile traditionnel : un habitat inclusif est un lieu de vie partagé qui doit permettre à la personne de vivre par elle-même si elle le souhaite ;
  2. L'emphase portée sur la vie commune, partagée avec les autres résidents et résidentes : l'entraide renforce l'autonomie et la cohabitation favorise le lien social. Divers intervenants extérieurs s'assurent de la bonne entente des résidents et peuvent les appuyer dans les gestes de la vie quotidienne si nécessaire ;
  3. La proximité des commerces et des services publics essentiels : les habitats inclusifs se veulent avant tout "inclus dans la cité". Les habitats inclusifs minimisent le risque d'isolement, perçu comme un facteur accélérant la perte d’autonomie.

Les habitats inclusifs sont régulièrement assimilés aux autres résidences dites “alternatives” telles que les résidences services ou les foyers d’accueil. Pourtant il faut garder à l’esprit ce qui les sépare de ces résidences : les habitats inclusifs sont avant tout des logements individuels. Ces logements sont insérés au sein d’un espace partagé plus vaste mais ne constituent pas une résidence au sens traditionnel du terme.    

Panorama

On peut distinguer les habitats inclusifs selon trois principaux critères : 

  • La nature des espaces communs : un habitat inclusif peut prendre la forme d’une colocation dans un appartement adapté, ou d’une résidence plus vaste où les espaces communs se concentrent dans quelques salles dédiées ;
  • La densité du service apporté aux habitants : en fonction des besoins et des attentes des résidents, les intervenants peuvent se limiter au personnel médical ou inclure d’autres aides à domicile ;
  • L’inclusion des résidents dans le projet : certains habitats inclusifs ont été conçus dès le départ par un groupe de citoyens désireux de préparer leur futur logement. D’autres ont été développés par des institutions (notamment des bailleurs sociaux). Dans ce dernier cas, les résidents sont souvent de simples locataires, moins investis dans le projet.

Les habitats inclusifs se caractérisent avant tout par leur diversité : à terme ils pourront permettre à chacun de trouver un environnement qui lui convient.
Pour mieux comprendre comment se traduit concrètement un projet d’habitat inclusif, donnons la parole à l’un de leurs représentants : Stéphane Sauvé, engagé auprès de l’association Les Audacieux et les Audacieuses. Cette association créée en 2017 souhaite proposer des habitats inclusifs dédiés aux personnes âgées LGBTQI+. Nous avons profité de l’AG de l’association - qui s’est tenue le 30 janvier 2021 - pour interviewer Stéphane Sauvé à propos de l’avancement du projet de Maison de la diversité. 

Stéphane, comment votre association se porte-t-elle ? 

Nous sommes heureux de mobiliser toujours plus de citoyens. Notre association compte 196 membres à jour de cotisation et nous enregistrons une progression de 36 % entre 2019 et 2020. Les deux tiers de nos adhérents sont âgés de 50 ans et plus. Nous avons une forte proportion de franciliens (64 % de nos adhérents) et une belle communauté en région niçoise (avec un peu plus de 10 % de nos adhérents). 

2020, c’est aussi l’année de l’émergence de mouvements dans deux nouveaux territoires : la métropole lyonnaise et la région Normandie. En synthèse, on peut dire que l’Association se développe avec des adhérents plus motivés que jamais ! 

Et le projet Maison de la Diversité ?

L’année 2020 s’est terminée sur une nouvelle très décevante : le désengagement de la Fondation des Petits Frères des Pauvres (FDPFP) qui était un acteur majeur pour la concrétisation de la première Maison de la Diversité.

Alors que nous avons proposé aux équipes de la FDPFP au cours de l’année 2020, pas moins de 6 études immobilière, le Conseil d’Administration de la FDPFP nous a fait part fin 2020, après une année de travail, de son désengagement en arguant notamment des problématiques de gouvernance interne et un modèle économique non satisfaisant.

C’est une nouvelle regrettable, pour le projet Maison de la Diversité en lui-même (qui nous contraint à revoir nos objectifs et notre calendrier), mais c’est surtout un coup très dur pour les Audacieuses et les Audacieux, les seniors qui nous suivent et qui croient au projet.

Vous savez, depuis un an, leurs besoins sont les mêmes, ils font face à un isolement renforcé, ils sont déprimés, épuisés et la crise Covid qui bouleverse nos vies n’a fait qu’accentuer ces sentiments.

Je pourrais citer Eliane en location à Paris, ou encore Dominique à Bagnolet ou Jacques, en grande détresse sociale à Cergy Pontoise. Pour eux c’est l’incompréhension !

Notre projet reste le même, il se résume à proposer un habitat inclusif pour tous les seniors, quelle que soit leur orientation sexuelle ou identité de genre. C’est une société inclusive et bienveillante que nous voulons construire. 

2021, l’année de la résilience et du rebond ?

Passé l’abattement, toutes nos parties prenantes ont eu une réaction admirable. Les bénévoles, les adhérents, les sympathisants, l’ensemble des acteurs engagés de l’Économie Solidaire et Sociale qui nous ont soutenu sont partants pour « se retrousser les manches » et voir le projet se concrétiser dans des délais raisonnables.

J’en veux pour preuve la reconnaissance du bien fondé du projet Maison de la Diversité par de nouveaux partenaires qui nous ont accordé leur confiance et je suis très heureux aussi d’annoncer un nouveau soutien au projet Maison de la Diversité : un accompagnement par VIVALAB !

VIVALAB est issu d’un consortium d’acteurs (MSA, Agirc-Arrco, France Active, la Banque des Territoires et l’Assurance retraite) qui soutiennent l’innovation dans le champ de la prévention et du vieillissement actif et en santé.

Le projet Maison de la Diversité les a convaincus de la nécessité d’élaborer des solutions concrètes pour ce public trop souvent « invisibilisé » , ils seront à nos côtés cette année.

La route de l’entrepreneuriat est longue et semée d'embûches. Mais nous croyons fermement en la justesse de la cause que nous défendons. Il ne tient qu’à nous à dessiner la société dans laquelle nous voulons vivre, c’est le pari de la belle aventure des Audacieuses et des Audacieux. C’est pour cela que nous nous battons chaque jour.

Comment les lecteurs d’Audiens Le Média peuvent-ils vous aider ? 

Ils peuvent adhérer à l’association et devenir à leur tour des Audacieuses et des Audacieux ou bien faire un don à l’association. 

Devenir Audacieuse ou Audacieux
Faire un don à l’association

Problématiques

L’habitat inclusif n’est encore qu’à ses débuts. La formule devrait continuer à se développer pendant de nombreuses années puisqu’elle répond manifestement à un besoin : celui d’un lieu de vie qui assure une transition souple entre le domicile, souvent inadapté à la perte d’autonomie, et une résidence classique. Mais les interrogations subsistent sur l’étendue de ce développement, et la façon dont il s’opérera.

Actuellement l’habitat inclusif français fait face à plusieurs obstacles majeurs, à commencer par un cadre réglementaire inadapté : malgré quelques évolutions récentes comme son inscription dans la loi ELAN, l’habitat inclusif se trouve au croisement de plusieurs réglementations. Le rapport Piveteau-Wolfrom remis en juin au gouvernement propose un cadre spécifique qui reste complexe : les incertitudes auxquelles sont confrontés les porteurs de projet et les fonctionnaires territoriaux devraient demeurer encore plusieurs années avant d’être dissipées.

Beaucoup de projets éprouvent des difficultés de financement : un projet d’habitat inclusif mobilise un grand nombre de partenaires. Le maître d'œuvre, le maître d’ouvrage, le gestionnaire de la résidence et le propriétaire du bâtiment peuvent être des organisations différentes. Il est donc difficile d’attribuer correctement les différents coûts. Par ailleurs l’importance des investissements ne peut être compensée que sur le temps long, ce qui place les plus petits porteurs de projet face à un risque financier important. Il est nécessaire que le secteur se structure pour que les gestionnaires atteignent plus facilement la taille critique leur permettant de supporter les coûts de fonctionnement.

L’habitat inclusif souffre par ailleurs d’un manque chronique de visibilité. Or l’entrée en habitat inclusif doit s’anticiper en amont, la qualité d’un habitat dépend souvent du degré d’investissement des participants dans le projet. L’habitat inclusif aura besoin de davantage de visibilité pour attirer les personnes qui pourraient être intéressées par cette formule et qui seront prêtes à s’y investir sur le long terme.

Enfin, l’écosystème de l’habitat inclusif devra tôt ou tard faire face aux besoins de formation. Depuis la conception jusqu’à la gestion quotidienne d’un habitat, les professionnels sont confrontés à des situations qu’ils n’avaient jamais rencontrées auparavant. L’apprentissage se fait sur le terrain, mais cette situation ne pourra pas demeurer éternellement. Des formations dédiées aux différents métiers qui interviennent dans ce secteur garantiront la qualité des futurs habitats inclusifs et renforceront l’attrait de ces professions. Ces formations devront également encourager la collaboration des acteurs pour en finir avec le cloisonnement encore trop répandu.

Ces quatre facteurs, réglementations, financements, formation et visibilité, guideront l’évolution de l’habitat inclusif à l’avenir. Seules des améliorations substantielles dans ces quatre domaines permettront d’assurer à chaque personne qui le désirerait un lieu de vie correspondant à ses attentes et ses capacités.
 

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