Machiniste : l’homme du clap, des grues et des caméras

Ajouté le 12 juin 2019, par Florence Batisse-Pichet
Machiniste : l’homme du clap, des grues et des caméras

Installation et montage d’une chute pour caméra
Installation et montage d’une chute pour caméra
Installation et montage d’une chute pour caméra ©Jean-Bernard Josko

À 54 ans, Jean-Bernard Josko a plus de 30 ans de carrière comme machiniste cinéma et une centaine de films à son actif. Omniprésents sur un tournage, les machinos ont pour mission d’installer caméras, projecteurs et le matériel nécessaire. Ce sont eux qui accompagnent aussi les mouvements de la caméra ! Pour ce métier tout terrain, habileté manuelle, endurance physique et passion sont nécessaires.

Comment êtes-vous devenu machiniste cinéma ?

J’ai commencé par un BEP d’agencement mobilier complété par un BT de création mobilier avant d’entreprendre mon compagnonnage comme menuisier d’ameublement. Après un début de tour de France, retour au pays natal, dans l’Oise : j’ai travaillé chez le menuisier de mon village. Très vite, j’ai eu envie de bouger. C’est par l’apprenti de l’atelier, qui connaissait un machiniste que de fil en aiguille, j’ai eu l’opportunité d’apprendre le métier. J’avais 22 ans. L’ancien chef machiniste de Polanski cherchait un jeune pour tourner son scénario. C’est avec lui que j’ai démarré dans le métier puis tout s’est enchaîné. De mes débuts, je retiens une expérience marquante : le tournage du Mahabharata de Peter Brook, adapté en série, dans les studios de Joinville-le-Pont. 

Existe-t-il une formation ?

La meilleure école est d’apprendre sur le tas et d’intégrer une équipe. Les trois qualités : être vif, manuel et observateur. Aujourd’hui, la plupart des jeunes qui arrivent sur le marché, ont suivi des écoles de cinéma. Ils espéraient devenir réalisateurs ou chef opérateurs. Par défaut comme ils veulent rester dans la branche cinéma, ils se recyclent comme machinistes de cinéma.

Que recouvrent l’appellation « machinos » ?

Il y a 30 ans, les machinos étaient polyvalents. Ils étaient censés maîtriser les décors et le tournage. Ils devaient se servir d’un marteau, déplacer et démonter les feuilles de décor (murs en contreplaqué), installer la caméra, etc. Ils étaient à la fois machinistes de construction et de cinéma. Désormais les deux sont distincts : les premiers construisent et montent le décor ; les seconds font le clap, installent le travelling, les accroches pour le projecteur... Même si idéalement, il faut savoir les deux. 

La profession compte-t-elle des femmes ?

J’en connais quatre ou cinq mais je pense qu’il n’y en est guère plus. C’est incontestablement un métier physique : il faut être capable de porter du matériel parfois lourd, avec des machines de 150 kg 

Pourquoi ne pas avoir voulu évoluer comme chef machiniste ?

Aujourd’hui, il y a trop de chefs et pas assez d’indiens ! Tous les copains de ma génération sont devenus chef machinistes : en étant resté machiniste, j’ai donc plus de travail que la plupart d’entre eux. Ce qui ne m’empêche pas de pouvoir diriger car j’ai une relation de grande confiance avec les chefs machinistes qui me font travailler. La différence de salaire entre les deux fonctions est infime. En revanche, les chefs machinistes investissent souvent dans du matériel, un camion… et gèrent une vraie entreprise de location. 

Quel est le salaire de base d’un machiniste ?

Il y a un barème par corps de métier mais l’ancienneté n’est pas prise en compte. Pour un machiniste, le tarif varie selon qu’il s’agit d’un long métrage ou d’un téléfilm car ce sont deux conventions différentes. Par ailleurs, la journée est payée plus chère (environ 185 euros) sur un tournage court (1 et 4 jours) que sur un long métrage (taux de 150 euros/jour). En moyenne sur une semaine de 39 heures, le salaire est de 900 euros. Selon le film, je peux avoir un contrat de 8 semaines sur la base de 39 heures auxquelles s’ajoutent les heures supplémentaires. 

De qui dépend le chef machiniste ?

Il y a deux équipes, les machinistes et les électriciens, qui dépendent du chef opérateur et du cadreur. Le premier désigne la lumière et les accroches. En parallèle, le cadreur donne les consignes pour installer la caméra, le travelling, les mouvements de grue, etc. 

Quelles sont les étapes sur un tournage ?

On commence par le repérage du décor pour anticiper les besoins. Le jour du tournage, on prend généralement deux heures de préparation pour l’installation des projecteurs. On doit prévoir, par exemple, des barres en hauteur entre les murs pour suspendre les caméras. S’il y a une séquence de nuit, il peut y avoir un effet lune à créer : il faudra fabriquer un sas pour mettre un projo, etc. On installe les pieds et les têtes de caméras mais c’est au premier assistant de changer les objectifs…  Et ensuite, il y a le démontage. 

Combien d’heures par jour sur un tournage ?

Avec la régie, on passe en moyenne 11 heures de travail. Mais parfois, on peut aller jusqu’à 15h.

Combien de temps dure généralement un tournage ?

Un long métrage dure en moyenne entre 6 et 8 semaines ; sur les téléfilms unitaires, on est à 4 semaines. Il y a évidemment des productions plus longues comme le premier Astérix (29 semaines) ou Le bonheur est dans le pré (15 semaines). 

Le top 3 des tournages qui vous ont marqué ?

En premier, je pense à un film de Christian Fechner Le bâtard de Dieu tourné en 1992 sur 22 semaines. Ce film m’a marqué car j’ai une passion pour les films historiques. Il y avait un énorme travail de reconstitution, de décors et beaucoup de scènes ont été tournées en extérieur. En second, je citerai forcément une comédie : Le bonheur est dans le pré. Enfin, parmi les productions américaines, Mission Impossible parce que les Américains ont besoin de tout anticiper et juste par précaution, on se retrouve avec un matériel incroyable. 

Le souvenir d’un tournage difficile ?

Dunkerque avec 6 semaines de tournage en France. Une expérience très éprouvante physiquement puisqu’on tournait dans le sable !

Le jargon des machinos ?

Parmi les termes incontournables, il y a la « bijoute » pour signifier notre matériel et la « caisse de face » qui contient les claps, les crayons, les bombes (on utilise des bombes à mater pour effacer les brillances), etc. Indispensables le 10/20 ou le 15/20, ce sont de petits cubes qui servent à rehausser de 10 ou 15 cm. Attention, on ne parle jamais de cordes mais de fils ! Indispensables pour banner nos installations (tours, grues…) !

Quid du clap ?

C’est au machiniste que revient généralement de manipuler le clap ! On y indique la séquence et le numéro de plan à la main avec des feutres. Le metteur en scène ou l’assistant lancent le top départ par le fameux « moteur ». Le clap permet de caler le son et l’image et surtout de noter les numéros de plan et de séquence, indiqués par la scripte. 

Le métier a-t-il évolué avec la technologie ?

En machinerie, il y a eu peu d’évolution hormis les grues télescopiques qui se manient avec des télécommandes. Il y a eu plus d’avancées technologiques en matière d’éclairage avec les leds notamment. On utilise moins de projecteurs : il est fini le temps où l’on avait des 20 000 KW (10 fois la puissance de l’éclairage d’un appartement !). De même, les caméras sont en numérique. Au final, le matériel s’est allégé mais complexifié. L’utilisation de tablettes quand le Wifi ne fonctionne pas se transforme en casse-tête ! Il existe même des claps électroniques.

Est-ce un métier à risques ?

Dans la mesure où l’on travaille souvent en hauteur - il y a des plateaux qui font 18 mètres de hauteur - il faut rester vigilant. Surtout quand on monte des tours ou des grues sur lesquelles on peut charger jusqu’à 800 kg de matériel pour faire des travellings.

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