Prévention et ménopause avec le docteur Yuting Wang

Ajouté le 06 juil. 2021, par Florence Batisse-Pichet
Prévention et ménopause avec le docteur Yuting Wang

Docteur Yuting Wang gynécologie-obstétrique, au Pôle santé Bergère.
Docteur Yuting Wang gynécologie-obstétrique, au Pôle santé Bergère.
Docteur Yuting Wang gynécologie-obstétrique, au Pôle santé Bergère. ©Yuting Wang

Ouvert depuis deux ans, le Pôle santé Bergère qui héberge l’offre de soins et de prévention proposée par Audiens Care, est doté d’un cabinet de gynécologie-obstétrique couvrant plusieurs spécialités. Afin de mettre en lumière son équipe pilotée par le Docteur Jérôme Bouaziz, une série d’entretiens permettra d’aborder la ménopause, l’infertilité et la prévention du cancer du sein. Rencontre avec le Docteur Yuting Wang qui traite les troubles de la ménopause.

La ménopause est-elle un sujet encore tabou en 2021 ? 

Docteur Wang : En fait, il y a des aspects de la ménopause qui restent tabous. Ainsi outre les bouffées de chaleur et les sueurs nocturnes, les patientes éprouvent de la gêne quand il s’agit de confier qu’elles ont des fuites urinaires, des troubles du sommeil, des troubles de l’humeur ou une baisse de libido dans leur sexualité. Si je ne pose pas les questions, elles se contentent de dire qu’elles n’ont plus leurs règles. 

À partir de quand une femme est-elle ménopausée ?

Docteur Wang : L’âge moyen est de 50 ans mais pour certaines femmes, ce peut être dès 45 ans ou seulement à 55 ans. Avant 40 ans, c’est ce qu’on appelle une ménopause précoce : cela nécessite un bilan. 

Après un arrêt de règle et la survenue de symptômes, faut-il faire un bilan hormonal pour vérifier une ménopause ?

Docteur Wang : La ménopause est un état irréversible avec arrêt de 12 mois sans règles. Le diagnostic est vraiment clinique et rétrospectif. Un bilan hormonal ne sert à rien car il peut être fluctuant. L’ovulation reste alors possible tous les deux ou six mois avec des risques de grossesse. Cette période accompagnée de bouffés de chaleur, est qualifiée de péri-ménopause : elle peut durer en moyenne 4 ans. 

Est-il indispensable de prendre un traitement ?

Docteur Wang : Avec la diminution des hormones, il peut y avoir de nombreux symptômes. Avant l’année 2000, on prescrivait presque systématiquement un traitement hormonal par confort : la peau est belle, il n’y pas de prise de poids, pas de troubles de sommeil et plus de bouffées de chaleur. Mais depuis 2000, avec la publication de l’étude WHI (La WHI est une vaste étude randomisée américaine qui a eu pour objectif d’évaluer les risques et les bénéfices de différentes stratégies, diététiques et médicales, pouvant réduire l’incidence des maladies cardiovasculaires, des cancers du sein et colorectal et des fractures chez les femmes ménopausées) on reste vigilant sur les effets secondaires. Cela a donc freiné la prescription des traitements. En effet, des risques de cancer du sein, de l’endomètre, de thrombose ainsi que des troubles cardiovasculaires ont été mis en lumière par cette étude américaine. Même si en France, les doses sont plus faibles en œstrogène - les traitements étant administrés en patch ou gel et non par voie orale – et que les données ne sont pas extrapolables, la Haute Autorité pour la Santé préconise le traitement seulement quand les symptômes sont invalidants. C’est pourquoi, la tendance actuelle chez de nombreux gynécologues est de moins en moins prescrire le traitement hormonal. 

Dans quels cas refusez-vous de prescrire un traitement hormonal ?

Docteur Wang : Formée par des experts du traitement hormonal qui arrivent à bien évaluer la balance bénéfice-risque, je vérifie les contre-indications et je ne prescris pas le traitement hormonal de façon systématique. Il est notamment contre-indiqué devant la présence des risques cardiovasculaires (tabagisme actif, diabète, HTA, obésité, hypercholestérolémie et antécédent familial) ; ou bien encore quand il y a des antécédents de thromboses (phlébites) ou de cancer hormonodépendant. Dans les cas des péri-ménopauses, pour atténuer les symptômes invalidants, il m’arrive de proposer un traitement progestatif à base de progestérone seule par voie orale, qui peut avoir une bonne efficacité. Le traitement s’impose pour des femmes ménopausées ayant des symptômes invalidants au quotidien. Celles-ci représentent environ 10% de mes patientes.

Quelles sont les alternatives possibles pour accompagner ces femmes ? 

Docteur Wang : Je propose un traitement non hormonal, sauf pour la sécheresse vaginale où l’on peut toutefois utiliser du gel avec un peu d’œstrogène. Autre possibilité : le laser vaginal qu’on va bientôt pouvoir pratiquer au Pôle santé Bergère. Pour ce qui est des bouffées de chaleur et des troubles du sommeil : l’hypnose, l’homéopathie et l’acupuncture, à condition de s’adresser à des professionnels, peuvent procurer de bons résultats. Mais ces derniers sont encore peu répertoriés. Des études ont montré que l’effet placebo fonctionne bien. Certains compléments alimentaires à base de produit naturel, non remboursés, comme Sérélys® peuvent être efficaces : en moyenne pour une femme sur deux. Cette approche multidisciplinaire qu’on peut qualifier de médecine intégrative, donne d’excellents retours. Elle inclut une prise en charge psychologique ou diététique et ne se limite donc plus au traitement hormonal.

Un traitement hormonal se prend-il à vie ?

Docteur Wang : Lors de la consultation annuelle, on évalue les bénéfices et les risques. Globalement, on essaye de ne pas aller au-delà de 5 ans. Selon les antécédents familiaux, on décide ou non, de prolonger le traitement. Même si au-delà de 10 ans, le traitement est déconseillé, certaines patientes ne veulent pas arrêter. On doit alors leur expliquer les risques possibles. 

Quand on suspend le traitement, les symptômes peuvent-ils revenir ?

Docteur Wang : Le corps s’habitue généralement au bout de 5 ans mais ce n’est pas systématique. Parfois certaines patientes ressentent à nouveau certains symptômes. Pour arrêter le traitement, on va procéder par une diminution progressive. Dans le cas d’une application quotidienne de gel hormonal, la dose sera limitée à un jour sur deux puis sur trois, etc. 

Comment se déroule une première consultation sur les troubles de la ménopause ?

Docteur Wang : Ce sont des consultations longues car je me dois d’informer la patiente et d’évaluer la balance bénéfice risque de manière personnalisée en fonction de leur antécédent personnel et familial et éventuellement d’exposer les études afin de limiter les risques disproportionnés par rapport au bénéfices apportés. Par exemple, je reçois parfois des patientes fumeuses qui veulent profiter de ce traitement pour leur peau !

Pour un suivi gynécologique de ménopause, quel est le rythme des consultations ?

Docteur Wang : Le suivi gynécologique est conseillé à raison d’un rendez-vous par an. Lors de ce rendez-vous, il y a une prise de tension et un bilan sanguin afin, si besoin, d’orienter vers un cardiologue. Cette consultation permet de prévenir des risques de cancer du col de l’utérus (frottis) et de cancer du sein (mammographie tous les deux ans). Et en cas de douleur pelvienne et surtout de saignement après la ménopause, il est recommandé de faire une échographie pelvienne. Pour la prévention de l’ostéoporose, on prescrit de la vitamine D (une ampoule tous les trois mois) pour que l’os fixe le calcium. Puis, en fonction des antécédents personnels et familiaux, on prescrit une densitométrie-osseuse (tous les 5 ans ou 3 ans) pour dépister l’ostéoporose et éviter les fractures. Si un traitement est nécessaire, le gynécologue adresse la patiente à un rhumatologue.

Sur quel autre aspect de la ménopause devez-vous faire de la prévention ?

Docteur Wang : Les fuites urinaires sont liées à l’âge et à la ménopause : ce sujet reste tabou. Or pour les femmes qui ont eu deux accouchements par voie basse, plus de 50% d’entre elles reconnaissent des fuites urinaires à l’effort. Bien que tolérables, elles peuvent s’aggraver si on ne prévient pas. Ces incontinences urinaires légères sont souvent liées à une sécheresse vaginale et au fait que le sphincter est plus lâche. Il s’agit d’une part de corriger la sècheresse et de proposer des séances de rééducation du périnée par l’apprentissage d’auto-exercices. Cela permet d’éviter une aggravation.

Un conseil ?

Docteur Wang : Oser parler à son médecin ! Beaucoup de femmes - ménopausées ou pas d’ailleurs - n’osent pas parler de leur sexualité et de leurs problèmes de fuites urinaires, sauf quand cela devient vraiment gênant. Or au moment de la ménopause, leurs rapports sexuels ne se passent pas bien à cause de la baisse de libido et de la sécheresse vaginale. De même fatigue et troubles du sommeil impactent leur vie de couple. Faute d’un bon diagnostic, il arrive que certaines femmes se retrouvent alors à prendre des antidépresseurs. 


Le docteur Yuting WANG est gynécologue avec une spécialisation en gynécologie médicale (dépistage et traitement des MST, suivi de grossesse, contraception, ménopause, troubles du cycle, endométriose...) et en oncologie gynécologique et sénologique (dépistage et le suivi des cancers du sein, du col, de l’endomètre ou de l’ovaire).

 

Informations pratiques :

Le Dr Yuting Wang reçoit sur rendez-vous au Pôle sante Bergère
les mardi et mercredi toute la journée.
7, rue Bergère – 75009 Paris
www.pole-sante-bergere.org
Tél. 0 173 173 173
 

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