Quoi de neuf, du côté des disquaires ?

Ajouté le 15 avr. 2021, par Florence Batisse-Pichet
Quoi de neuf, du côté des disquaires ?

Les 300 disquaires indépendants de France ont été considérés comme commerces « essentiels ».
Les 300 disquaires indépendants de France ont été considérés comme commerces « essentiels ».
Les 300 disquaires indépendants de France ont été considérés comme commerces « essentiels ». ©Urbancow

Portés par l’élan des libraires, les 300 disquaires indépendants de France ont été considérés comme commerces « essentiels ». À ce titre, suite aux mesures de restriction supplémentaires annoncées le 18 mars dernier par le Premier ministre, ils ont été autorisés à rester ouverts. L’occasion de revenir sur ce secteur qui depuis 20 ans a vécu de plein fouet la mutation de l’industrie de la musique.

Si le métier de libraire reste familier (ils sont 3 200), celui de disquaire peut sembler une niche pour mélomanes et amateurs de vinyles. Certains ont peut-être en tête Vernon Subutex, le personnage du roman de Virginie Despentes, ce disquaire au chômage qui se fait expulser de son appartement et devient le héros d’une légende urbaine. Pourtant, les disquaires indépendants font de la résistance. D’ailleurs depuis 2017, la profession s’est organisée : un tout jeune syndicat, le Gredin (Groupement des disquaires indépendants nationaux) a vu le jour et fédère une centaine de professionnels, moyennant une adhésion de seulement 10 € par personne. L’année de sa création, une étude menée par le ministre de la Culture avait également permis de recenser de façon exhaustive les disquaires indépendants en France métropolitaine afin de mettre en place des aides, par le biais du Calif (Club Action des Labels et des Disquaires Indépendants Français). Grâce à ce dernier, un guide a été publié aux éditions Jazz & Cie. Le journaliste Hervé Devallan y passe en revue à la manière d’une promenade touristique « les derniers mohicans de la galette noire » : du plus grand disquaire indépendant de France Gibert Disc à l’instar de la deuxième plus ancienne enseigne (après Gibert), Crocodisc, la référence en matière de 33 Tours. Fondée par Philippe Soisson, il y a 42 ans, celui-ci qui se considère aujourd’hui comme un « vieux briscard » fait partie des quatre-vingt-dix disquaires indépendants à Paris et sa petite couronne. Le point commun à tous ces professionnels ? La passion, comme en témoigne ce dernier. De 15 à 25 ans, fou de musique, il est un acheteur compulsif. Une seule solution s’impose : « Devenir vendeur de disques permettait l’accord parfait entre mes vices et la vraie vie. J’ai d’abord travaillé aux EU et dans plusieurs boutiques parisiennes : c’était à l’époque l’ambiance d’un club d’été ! Puis en 1978, j’ai créé mon enseigne et suis à la tête de trois magasins et 8 salariés, dans le quartier Saint-Michel. » Dans les années 2000, avec l’arrivée des CD et des plateformes, comme tous les disquaires, il a vu ses ventes s’effriter et puis à partir de 2008, survient le regain inespéré du vinyle. Contre toute attente, les 33 Tours font à nouveau le bonheur de mélomanes, toutes générations confondues. Il se souvient : « Sans avoir de platine, des clients venaient acheter des vinyles et d’autres n’hésitaient pas à acheter le disque qui correspondait au CD qu’ils avaient déjà ! » Si le coût moyen d’un 33 Tours d’occasion oscille entre 5 et 20 euros, pour les rééditions neuves, il faut prévoir entre 15 et 25 euros. Les 45 tours se vendent entre 2 et 4 euros. Dans le cas d’éditions collectors, certains disques peuvent monter jusqu’à 1 000 euros ! Mais de toute sa carrière, Philippe Soisson avoue ne pas en avoir vendu beaucoup à l’instar de ce double 45 tours de Gainsbourg : « Le disque était sorti en 1959 uniquement en promotion et il avait une dédicace sur la pochette : il y avait eu seulement 200 copies, dont 100 signées par Gainsbourg. Sur le lot, il devait rester une cinquantaine de copies. La rareté du produit a fait que j’ai pu le vendre 800 euros. Cela reste exceptionnel. » Aujourd’hui, chez Crocodisc, les occasions et les rééditions de vinyles sont à 50/50 et représentent 90 % du chiffre d’affaires par rapport à la vente de CD ! 
Preuve de l’intérêt retrouvé pour l’objet, l’utilisation du vinyle fait également fureur en matière de déco. Il s’amuse des demandes incroyables qu’il reçoit : « Je vends des disques pour des mobiles ou des sculptures. Récemment, j’ai eu un collectionneur de pochettes qui souhaitait le thème du manger et du boire : on lui a trouvé 400 pochettes ! Cela fait partie du sel de notre métier que d’être désarçonné. » Il est également souvent sollicité pour des tournages de séries télé, de longs métrages ou des pubs… 
Quand on l’interroge sur sa clientèle qui va des adolescents aux 75 ans, ce qui le frappe le plus, c’est le plus grand nombre de groupes de filles. « J’ai aussi bien des clients de passage, des fidèles depuis 40 ans et d’autres clients qui resurgissent. » Sur le succès du vinyle, au-delà du phénomène de mode, c’est la dimension acoustique qui fait la différence. Comme le souligne Philippe Soisson : « Fini la bouillie qu’on écoute en boucle, il faut se lever, changer de face au bout de 15 min ou choisir l’emplacement de tel ou tel morceau. On est plus attentif à ce qu’on écoute, on situe les choses. Proche d’un MP3, le CD n’a jamais été très excitant. Les jeunes générations ne faisaient plus la différence. En revanche, ils aiment le vinyle pour ses imperfections, ses grattements et sa sonorité chaleureuse : l’ensemble en fait un objet de qualité, plus humain ! ». Sur le fond, cette quête correspond aussi à la richesse musicale de cette période. Lui-même estime : « Pour les amateurs de disques, la période bénie est celle des années de 68 à 75. Tous styles confondus : il y a eu des merveilles qui traversent le temps comme Santana, Hendrix… Entre le rock progressif, la new wave, le ska, la techno, le rap, le funk, la soul : ça bougeait tous les 3 ans Depuis 2000, il ne s’est pas passé grand-chose. Alors même si ce sont des rééditions, les jeunes générations s’y intéressent davantage et aiment se replonger dans le support de ces années-là. » 
Mais malgré l’embellie suscitée par le vinyle, l’épisode de Covid-19 a fait ressortir la fragilité de ce secteur. Si l’ouverture autorisée pendant ce nouvel épisode de confinement évite le pire pour de nombreux disquaires indépendants, il faut espérer que la prochaine édition du « Disquaire Day » se passe dans les meilleures conditions. Cette déclinaison française du Record Store Day, manifestation internationale de promotion des disquaires et de l’offre musicale enregistrée fédère plus de 200 disquaires. Elle est l’occasion de proposer des sélections de disques 33-tours pressés spécialement pour l’événement. Philippe Soisson confirme que ce sont ses meilleures journées de l’année avec un afflux énorme de clients… Traditionnellement programmé fin avril, l’événement sera, cette année encore, scindé en deux dates : 12 juin et 17 juillet. Avis aux amateurs !

 

Crocodisc
Ouverte du mardi auSamedi : 11h-19h
40 et 42, rue des Ecoles, 5e.
64, rue de la Montagne-Sainte-Geneviève, 5e.

À vos agendas avec Le Disquaire Day les 12 juin et 17 juillet 2021
 

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