Rencontre avec Audrey Tcherkoff : directrice générale de la Semaine du Cinéma Positif

Ajouté le 23 nov. 2021, par Florence Batisse-Pichet
Rencontre avec Audrey Tcherkoff : directrice générale de la Semaine du Cinéma Positif

Audrey Tcherkoff : directrice générale de la Semaine du Cinéma Positif.
Audrey Tcherkoff : directrice générale de la Semaine du Cinéma Positif.
Audrey Tcherkoff : directrice générale de la Semaine du Cinéma Positif. ©Arnaud Tinel

À l’occasion de la sortie en salles, le 17 novembre dernier de « Haut et Fort », le film réalisé par Nabil Ayouch qui a reçu le prix du Cinéma Positif 2021 à Cannes, Audrey Tcherkoff (également Présidente exécutive de l’Institut de l’Économie positive et depuis avril 2021, présidente du Women’s Forum), la directrice générale de la Semaine du Cinéma Positif, a accepté de rappeler les enjeux de cet événement : mettre en lumière un cinéma qui change notre regard sur le monde et faire bouger les lignes et les consciences. Un bel et ambitieux objectif. Explications.

Depuis 2016, au sein du Festival de Cannes, se tient la Semaine du Cinéma Positif avec le soutien du CNC, en partenariat avec Canal + et TV5MONDE. C’est vous et Jacques Attali qui en avez eu l’idée. Quelle en a été la genèse ?

La Fondation Positive Planet que Jacques Attali a lancée en 1998 organisait chaque année, un dîner de fundraising pendant le Festival de Cannes, afin de présenter les projets menés aux quatre coins du monde et leur apporter un soutien financier. C’est au cours d’une discussion avec Pierre Lescure et Thierry Frémaud, que nous avons imaginé aller plus loin encore, en projetant des contenus en résonance avec notre action. Certes, on sait faire des forums sur l’économie positive pour comprendre les enjeux de demain. Mais les promesses d’un monde meilleur peuvent aussi être suscitées par des images qui vont interpeller et faire réfléchir. 

Que se passe-t-il pendant cette semaine ?

Pendant la Semaine du Cinéma Positif, il y a non seulement la remise du prix du Cinéma positif mais aussi une journée de conférences, une master-class et des projections. Durant les temps d’échanges, on aime croiser les regards. Sur le thème du climat : on peut ainsi réunir à la fois un réalisateur, un acteur et un climatologue. 

Comment définir votre programmation ?

Qui dit « positif » n’est pas forcément synonyme d’une œuvre joyeuse. Il s’agit de films qu’on peut qualifier d’engagés ou de lanceurs d’alerte : ils vont permettre de changer notre regard. À titre d’exemple, j’ai envie de citer Tout le monde debout, réalisé par le comédien Frank Dubosc qui a été le parrain de l’édition 2018. Car ce film illustre le handicap et contribue à l’acceptation sociale ; ou bien encore Les Misérables, le film de Ladj Ly, primé en 2019. À noter qu’on récompense tous les formats, aussi bien des documentaires, des longs et court-métrages, récents ou plus anciens et que chaque année, un thème oriente la programmation. 

Comment s’effectue la sélection ?

Avec les experts et spécialistes de l’institut de l’Économie Positive, on a constitué un collège de votants en interne. Quant au parrain ou la marraine, il change chaque année. Pour la première édition, on a eu la chance d’avoir Costa Gavras. Sur le sujet du « cinéma engagé », sa vision était à cet égard très enrichissante. Car selon lui, il s’agit avant tout de raconter une histoire et non de faire passer des messages. Parce que c’est un médium touchant toutes les générations et catégories socio-professionnelles, le cinéma doit avant tout distraire. Pour l’édition 2021, il s’agissait du comédien et réalisateur Ruben Alvès (La Cage dorée et Miss). 

Les résultats 2021 ?

On a attribué le prix du Cinéma Positif 2021 à Haut et fort, lors d’une cérémonie qui a eu lieu le 16 juillet en présence de Jacques Attali et des principaux intervenants. Le sujet du film aborde l’éveil des consciences au sein de la jeunesse marocaine et soulève la question de comment être utile et servir les générations futures. C’est l’essence même de ce que la Semaine du Cinéma Positif défend. En outre, il est important de souligner que c’était le premier film marocain en compétition officielle à Cannes, et il nous a paru essentiel de soutenir une création. Je suis également ravie de savoir que ce film va concourir aux Oscars 2022. Quant aux quatre autres prix du cinéma positif - long métrage, court-métrage, documentaire et Prix d'honneur - ils vont être décernés le 13 décembre 2021.

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Depuis ces six éditions, l’une de vos satisfactions ?

L’organisation des projections gratuites est l’une mes plus grandes satisfactions. Et cela est rendu possible grâce au soutien du maire de Cannes, David Lisnard. Chaque année, on tourne afin de toucher les quartiers populaires de la ville : des écrans géants sont dressés pour accueillir des centaines de sièges. Ces projections permettent de faire partager aux jeunes cette grande fête du cinéma en leur faisant rencontrer le réalisateur et d’autres personnes de l’équipe du film. Ainsi, en juillet dernier, quand on a projeté le documentaire de Yann Arthus Bertrand Legacy, des dizaines de jeunes l’attendaient pour lui poser des questions. Cela leur donne des ailes et ils en ressortent avec des idées plein la tête ! La seule manière de répondre à la fracture sociale actuelle est de créer du lien entre les populations. Parce que le cinéma sert à éveiller les consciences, cet événement offre un vrai appel d’air pour les jeunes. 

Un témoignage marquant ?

Parmi les nombreux témoignages que j’ai pu recueillir, je pense à celui d’une grande dame du cinéma : Agnès Varda. Deux ans avant sa mort, on l’avait récompensée pour l’ensemble de son œuvre et je me souviens de ses paroles : « C’est bien beau tous ces prix mais il n’empêche que je peine toujours autant à me faire financer. Assurément, si j’étais un homme, ce serait bien différent. » Si le cinéma reste une industrie difficile, notamment pour obtenir les accès aux financements, cela pose la question des femmes dans cette filière et de leur acceptation.

La semaine du Cinéma Positif a-t-elle un impact à l’étranger et suscité d’autres initiatives similaires ?

Depuis deux ans, nous sommes en discussion avec la productrice tunisienne Dora Bouchoucha qui a créé un festival du film à Tunis. Cela devrait donc aboutir en 2022, si les conditions sanitaires le permettent. De même, on devrait également participer l’an prochain au festival du film indépendant de Sundance.

Quid de l’impact environnemental de l’industrie du cinéma et d’un manuel du cinéma positif ?

Sachant que le cinéma est l’une des trois premières industries polluantes au monde, c’est un sujet essentiel sur lequel on échange beaucoup avec le CNC. On réfléchit actuellement à la création d’un indice adapté à la filière dont l’écotournage est l’un des aspects. Et de la même manière qu’on est plus enclin à choisir des produits avec un sourcing équitable et respectueux d’une chaîne de valeurs, on peut imaginer qu’on puisse aussi privilégier des contenus responsables. Étant en prise avec la société civile à travers les enquêtes et consultations que mène L’Institut de l’Économie Positive, on constate depuis la période de pandémie qu’il y a une vraie prise de conscience. De même qu’il est impossible de nier que santé et environnement ne sont pas liés, le réchauffement climatique, n’est plus une abstraction ! Souhaitons que la filière évolue dans ce sens et investisse pour l’avenir de notre planète. Et pourquoi pas se doter d’un manuel du cinéma positif…

 

Pour en savoir plus :

www.positiveplanet.ngo
 

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