Rencontre avec le Docteur Olivia Son, infectiologue au Pôle santé Bergère.

Ajouté le 16 mars 2021, par Florence Batisse-Pichet
Rencontre avec le Docteur Olivia Son, infectiologue au Pôle santé Bergère.

Le Pôle santé Bergère héberge l’offre de soins et de prévention proposée par Audiens Care au 7 rue Bergère, 75009 Paris.
Le Pôle santé Bergère héberge l’offre de soins et de prévention proposée par Audiens Care au 7 rue Bergère, 75009 Paris.
Le Pôle santé Bergère héberge l’offre de soins et de prévention proposée par Audiens Care au 7 rue Bergère, 75009 Paris. ©Erwan Floc’h

C’est une première et une opportunité pour les adhérents Audiens : l’arrivée d’une infectiologue au sein de l’équipe médicale du Pôle santé Bergère. Le Docteur Olivia Son a rejoint le centre depuis janvier 2021 pour exercer une spécialité que l’on trouve principalement en structure hospitalière. Explications.

Infectiologue, épidémiologiste, virologue : pouvez-vous nous expliquer chacune de ces spécialités pour identifier précisément qui fait quoi ?

  • L’infectiologue est un médecin clinicien : il s’occupe du diagnostic, du traitement et du suivi de toutes les infections bactériennes, virales, fongiques ou parasitaires. 
  • En revanche, l’épidémiologiste et le virologue ne sont pas cliniciens et ne voient généralement pas de patients. Les épidémiologistes sont spécialistes des « chiffres » (passés, présents, futurs) ; ils ont souvent fait un internat de santé publique, pendant lequel ils ont effectué des stages dans des services cliniques mais également dans des institutions ou des organismes d’études cliniques et de recherche épidémiologique (statistiques, données cliniques, …) puis ils travaillent dans des institutions (ARS, …) ou pour la recherche épidémiologique (tendances actuelles, passées et études prévisionnelles). Ils peuvent se spécialiser dans un domaine ou un autre de la médecine, ils ne sont pas tous dans les maladies infectieuses !
  • Quant aux biologistes (dont les virologues), on les retrouve dans des laboratoires. S’ils peuvent parfois être au contact de patients, ils ne prescrivent en général pas de traitement. Certains biologistes sont issus de la filière médicale et ont fait les mêmes 6 premières années d’étude que les médecins cliniciens, d’autres de la filière pharmacie. Il y a la biologie clinique et la recherche biologique, ainsi que des parcours mixtes clinique / recherche. Pareil que pour les épidémiologistes, il existe plusieurs domaines de spécialisation en biologie : bactériologie, virologie, parasitologie, mycologie, biochimie, pharmacologie, hématologie… 

Quelle formation suit-on pour devenir infectiologue ?

C’est une spécialité qui s’est développée au cours des trente dernières années. Elle a explosé avec la découverte du VIH. Au départ, les malades atteints de cette maladie étaient en soins palliatifs car on ne pouvait rien faire à part tenter de soulager leurs souffrances. Mais à partir du moment où il y a eu des connaissances plus poussées et des traitements spécifiques pour le VIH, il a fallu des médecins familiers de ces traitements. Face au développement des connaissances concernant cette pathologie et le reste des maladies infectieuses en parallèle, il a fallu certifier et uniformiser les connaissances par un diplôme. Au début, il s’agissait d’un diplôme d’études spécialisées complémentaires (DESC) qui venait « chapeauter » une autre spécialité médicale, et en 2017, l’infectiologie est devenue une spécialité à part entière que l’on choisit au moment de l’internat.

Qu’est-ce qui vous a orientée dans cette spécialité ?

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J’ai eu le déclic lors de mon premier stage de dernière année d’externat, avant l’Examen Classant National (ex-concours de l’internat), à l’hôpital de la Pitié Salpêtrière. Je me suis dit qu’il y aurait toujours de nouveaux virus, de nouvelles bactéries et de nouveaux antibiotiques. Je sentais que c’était une spécialité d’avenir où il serait impossible de s’ennuyer ! Cela fait dix ans que j’exerce. 

Où exerce-t-on généralement ?

C‘est une spécialité quasi 100% hospitalière : les infectiologues exercent en hôpital ou bien en libéral en clinique ou en institut privé, mais toujours dans des structures médico-hospitalières. Notre rôle est varié : on suit les patients hospitalisés pour diverses pathologies infectieuses, les patients en consultation pour infections chroniques, consultations de suivi après sortie d’hospitalisation, avis sur des problèmes infectieux à la demande d’autres médecins… on participe à la rédaction des protocoles d’antibiothérapie de l’établissement dans lequel on travaille, aux commissions d’antibiothérapie pour surveiller la consommation des antibiotiques dans un établissement et vérifier leur bonne utilisation en collaboration avec les pharmaciens, les biologistes, les hygiénistes et les autres médecins qui participent…

Dans quel cas consulte-t-on un infectiologue ?

Le patient doit être orienté vers un infectiologue par son généraliste, d’où l’intérêt du parcours de soin. Même si dans certains cas précis (comme la PrEP), l’évidence s’impose de consulter un infectiologue sans nécessairement passer par son généraliste. Lors du premier rendez-vous, il est indispensable d’avoir un résumé de son parcours médical récent, les résultats des examens complémentaires qui ont déjà été effectués en rapport avec la question posée (analyses biologiques, imagerie) et de pouvoir décrire les symptômes ressentis avec le plus de précision possible (date d’apparition, types de symptômes, fréquence, modifications au cours du temps, etc.).

Qu’est-ce qui vous a motivé à rejoindre le Pôle santé Bergère ?

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J’ai eu un désir de quitter l’hôpital public pour changer ma façon d’exercer. L’une de mes motivations est le constat des délais de consultation en infectiologie : il faut attendre généralement entre 3 et 4 mois pour des demandes d’avis non urgentes. Cette surcharge générale des plannings est due en partie au nombre très important de consultations de suivi des patients séropositifs pour le VIH, mais également au nombre toujours déficitaire de médecins hospitaliers, l’infectiologie n’étant pas différente des autres spécialités. J’ai donc décidé de faire des consultations d’infectiologie en ville, ce qui à ma connaissance n’existe pas (en tant que tel). Après avoir expérimenté au sein d’un centre médical en 2019-2020 afin de voir si je pouvais en faire une activité pérenne, j’ai décidé de m’installer en libéral au Pôle santé Bergère en tant qu’infectiologue exclusivement. 

Quelles sont les demandes en consultation d’infectiologie de ville ?

À l’heure actuelle, 90 % de mes consultations concernent la prophylaxie préexposition (PrEP) au VIH. Il s’agit d’une méthode de prévention qui propose un médicament contre l’infection par le virus de l’immunodéficience humaine (VIH) à une personne non infectée par le VIH. L’utilisation de ce traitement dans cette indication est possible depuis 5 ans en France. Pour en bénéficier, les patients doivent prendre rendez-vous en consultation hospitalière (aves certains services proposant des créneaux dédiés à la PrEP, d’autres uniquement selon les disponibilités du planning de consultations) ou dans des CeGIDD (Centre Gratuit d'Information de Dépistage et de diagnostic) axés sur les Infections Sexuellement Transmissibles ou IST mais dans les deux cas, les délais peuvent être conséquents et cela peut leur faire courir des risques. 

Et les 10 % de vos autres consultations ?

Le reste de mes consultations sont des patients séropositifs suivis (consultation bi-annuelle pour la plupart), des IST suspectées ou diagnostiquées en attente de traitement, des demandes d’avis ou explications complémentaires sur des diagnostics ou des traitements, des conseils par certaines populations sur les vaccinations : pneumocoques, le papillomavirus, la grippe… Enfin, en période hors Covid, je peux être amenée à faire des consultations pour des conseils pour des voyageurs en zone tropicale avant le voyage ou à leur retour en cas de symptômes.

Beaucoup de femmes souffrent d’infections urinaires à répétition, faut-il se résoudre à consulter un infectiologue ?

Dans le cas d’infections urinaires à répétition, un bilan complet doit être fait, notamment à la recherche d’une malformation, par exemple (imagerie, consultation en Urologie, bilan urodynamique, conseils préventifs dans la vie de tous les jours, …). En dernier recours, après avis auprès d’un Infectiologue, on peut aussi prescrire une antibioprophylaxie à long terme (des antibiotiques en prévention). L’infectiologue n’est donc pas le premier recours, mais on peut y arriver si toutes les autres méthodes de prévention de ces infections ont échoué.

Que dire à propos du Covid-19 ? 

Il est absolument inutile de venir consulter un infectiologue pour des symptômes compatibles avec le COVID en phase aiguë. En revanche, on peut avoir besoin d’un avis spécialisé : quel type de vaccin pour quel type de patient, doute diagnostique, symptômes persistants type « COVID longs » ; mais les informations générales sont largement disponibles et accessibles à tous les médecins et malheureusement il y a, à ce jour, peu de données et pas de prise en charge spécifique pour les COVID longs. Ainsi personnellement, je prends les devants lors de mes consultations de suivi VIH car mes patients se sentent concernés ; je leur explique les trois types vaccins possibles et celui adapté pour eux, selon les recommandations en vigueur : ils peuvent alors en discuter avec leur médecin traitant ou se rendre en centre de vaccination le cas échéant.
Je recommande surtout aux patients de se rapprocher de leur médecin traitant s’ils ont des questions. Il y a une logique médicale selon les populations à risques, les informations changent beaucoup, souvent, c’est difficile de s’y retrouver et c’est normal de se sentir perdu. Il est très facile de trouver de fausses informations anxiogènes sur Internet, dans les médias, et malheureusement les informations fiables circulent beaucoup moins facilement et sont pourtant rassurantes (utilisation des masques, vaccins).

Les médecins du Pôle santé Bergère vont-ils pouvoir vacciner ?

Oui, ce sera possible d’ici peu. Il faudra que les médecins généralistes libéraux au sein du Pôle santé Bergère commandent les vaccins et contactent leurs patients éligibles à la vaccination, et cela est déjà en cours à l’heure actuelle. De même, la médecine de travail des salariés va s’occuper de la vaccination sur le lieu de travail, selon les annonces du gouvernement. 

Vos recommandations ?

  • Les masques feront partie de nos vies pendant encore longtemps, au moins jusqu’à ce qu’une majorité de la population soit vaccinée. Quand on aura la preuve (en cours) que les personnes vaccinées ne peuvent pas transmettre le virus, il sera peut-être envisageable de dire que celles-ci peuvent se passer de masques. 
  • Quant à la transmission manuportée, elle est secondaire. Certes, il faut se laver les mains mais la transmission du Covid est majoritairement respiratoire : il y a la transmission directe par gouttelettes mais aussi celle par aérosol : dans une pièce fermée et pas aérée, des microgouttelettes restent en suspension pendant de longues minutes. Cette transmission semble être peu prise en considération par les pouvoirs publiques voire ignorée, et pourtant c’est important.
  • En conclusion, il faut porter son masque, aérer régulièrement les pièces fermées et puis se faire vacciner, quel que soit le vaccin recommandé par tranche d’âge. Un vaccin ne peut pas déclencher le Covid et les effets secondaires les jours qui suivent sont infimes, modérés par du paracétamol, et en tout cas toujours moins délétères qu’un séjour en hospitalisation ou en réanimation ! Les 3 vaccins actuellement à notre disposition sont globalement efficaces à plus de 80% sur la réduction des formes symptomatiques de COVID (ce qui est le plus important comme critère d’évaluation). Concernant les formes asymptomatiques et la réduction de la transmission du virus par les personnes vaccinées, les réponses arriveront bientôt et on espère qu’elles seront également positives (on le pense déjà, mais il faut toujours des preuves).

 

Pour prendre rendez-vous avec le Docteur Olivia Son :
www.pole-sante-bergere.org ou sur doctolib
7 Rue Bergère - 75009 Paris
0 173 173 173

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