Rencontre avec le docteur Olivier de Ladoucette : président de la Fondation pour la Recherche sur la maladie Alzheimer

Ajouté le 15 sept. 2022, par Florence Batisse-Pichet
Rencontre avec le docteur Olivier de Ladoucette : président de la Fondation pour la Recherche sur la maladie Alzheimer

Olivier de Ladoucette, psychiatre, gériatre et président de la Fondation pour la Recherche sur la maladie Alzheimer.
Olivier de Ladoucette, psychiatre, gériatre et président de la Fondation pour la Recherche sur la maladie Alzheimer.
Olivier de Ladoucette, psychiatre, gériatre et président de la Fondation pour la Recherche sur la maladie Alzheimer. ©Olivier de Ladoucette

Parce que nous sommes tous concernés par l’avancée en âge et aux risques de cette pathologie, préparons-nous y du mieux possible. Ensemble, mettons Alzheimer KO, telle est l’accroche de la campagne de la Fondation pour la Recherche (FRA) sur la maladie Alzheimer que préside le docteur Olivier de Ladoucette, créée en 2004 avec le Professeur Bruno Dubois, neurologue spécialisé sur la maladie d’Alzheimer. À l’occasion de la journée mondiale de l’Alzheimer 2022, ce psychiatre et gériatre rattaché à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, revient pour Audiens Le Média sur les dernières avancées et les conseils de prévention à adopter.

Quelle est l’avancée majeure de ces dernières décennies ?

Dans les années 80-90, on a réalisé que distinguer les patients manifestant des troubles cognitifs par tranche d’âge n’avait pas lieu d’être : avant 65 ans, on parlait de maladie d’Alzheimer et après 65 ans, de démence sénile. Or quel que soit l’âge, il s’agit bien de la maladie d’Alzheimer. On estime qu’aujourd’hui, il y a, en France, un million de personnes qui souffrent de la maladie d’Alzheimer et 225 000 nouveaux cas, par an. 


La maladie est-elle en augmentation ?

La population des personnes âgées étant celle qui croît la plus vite, on a de plus en plus de personnes éligibles pour cette maladie mais à âge constant, le risque décroît de génération en génération. Il est forcément plus élevé à 90 ans (30 %) qu’à 80 ans (15 %) et 70 ans (10 %). Ainsi dans un pays comme la France, le Royaume-Uni ou les États-Unis, la maladie croît inexorablement, année après année, cependant le risque de l’avoir à un âge donné, diminue. Cela ne veut pas dire que c’est un état normal du vieillissement. Il existe en effet des formes très rares génétiques - moins de 1 % - pour lesquelles 50 % des individus d’une même famille présentent une démence à 50 ans. 

Nos modes de vies peuvent-ils être une cause ?

De nombreuses études, reproduites dans d’autres pays, ont comparé plusieurs générations et ont pu faire ce même constat : les personnes font plus attention à elles-mêmes, sont plutôt plus stimulées et actives. De même, les réserves cognitives - facteur protecteur de la maladie d’Alzheimer - sont de meilleure qualité, surtout pour les femmes qui appartiennent à une génération où elles sont plus nombreuses à travailler qu’autrefois. 

Quels sont les risques de déclencher cette maladie ?

Si l’on commence à mieux identifier certains facteurs de risque, la dépression en est un, mais il y en a certainement d’autres, on ne sait pas pourquoi la maladie apparaît chez les uns, et pas chez les autres. Ainsi on a compris que la maladie évolue pendant 10, voire 15-20 ans, sans signe clinique. Durant tout ce temps, il se produit une accumulation de protéines anormales (la protéine bêta-amyloïde et la protéine tau) dans le cerveau qui va compenser et réparer les circuits défectueux. Et à un moment donné, lorsqu’il y aura trop de lésions, les premiers symptômes vont apparaître. 

Peut-on ralentir l’évolution de la maladie à un stade sans symptôme ?

Une stimulation intellectuelle de qualité est nécessaire car la réserve cognitive dépend de l’activité cérébrale. Plus celle-ci est élevée, plus elle pourra résister à l’évolution de la maladie. Elle est comparable à l’image d’un compte bancaire, dans lequel le cerveau puiserait comme un prélèvement automatique : plus le compte est fourni, plus il se passera de temps avant qu’on ne soit dans le rouge ! Faire de l’exercice physique de manière régulière et soutenue, se prémunir contre le diabète et l’hypertension artérielle permettront de protéger le réseau vasculaire du cerveau. Sont également à éviter le tabagisme et la sédentarité. De même, il faut lutter contre le stress et la dépression, et mener une vie relationnelle de qualité. Même si ce n’est pas toujours facile, il est important d’encourager les personnes âgées qui n’en ont pas l’habitude à faire de l’exercice physique ! 

Parmi les risques auxquels on pense moins ?

Il est important de conserver un sommeil de qualité : l’apnée du sommeil est un facteur de risque majeur d’accident cardio-vasculaire et de maladies neurovégétatives. Il faut aussi surveiller de près les problèmes sensoriels, comme ceux liés à l’audition – notamment pour les personnes qui ne se font pas appareiller - et à la vision.

La recherche donne-t-elle des raisons d’espérer ?

Après des années de recherche, le cancer est de mieux en mieux soigné et on en guérit 60 %. Dans 15 ans, on sera à 80 % à 90 % de guérison ! Aujourd’hui, on a zéro traitement pour Alzheimer mais bien que le cerveau soit d’une complexité immense, les choses bougent un peu, notamment grâce aux recherches en génétique et à ce qu’on appelle, la médecine personnalisée. On commence à identifier dans le groupe des malades atteints par Alzheimer, des sous-groupes qui répondent à des critères un peu différents. Cela permettra d’envisager plusieurs médicaments et traitements. Je vois aussi des progrès à l’œuvre avec des molécules que l’on commence à mieux comprendre ! À terme, on va y arriver. 

Existe-t-il des tests permettant d’identifier les protéines anormales ?

Il existe une machine que nous avons financée à La Pitié-Salpêtrière utilisée exclusivement pour la recherche. Elle permet de dresser une cartographie du cerveau, autrement dit de repérer avant les signes cliniques, ces fameuses protéines anormales. En revanche, à ce stade, on n’est pas capable de dire comment ces protéines réparties dans le cerveau vont évoluer et comment celui-ci va réagir. À terme probablement, on fera des tests en masse à un stade précoce avec des bio marqueurs ce qui permettra de mettre en place des traitements.

Face aux premiers symptômes de troubles cognitifs, qui consulter ?

Il faut commencer par consulter son généraliste : celui-ci fera lui-même passer des tests rapides afin de comprendre les types de troubles. S’il a un doute, il orientera vers un centre recherche mémoire ou un centre mémoire. Il y en a un peu partout sur le territoire.

En cette journée mondiale de la maladie d’Alzheimer, votre souhait ?

Le risque d’avoir un Alzheimer dans les années à venir va aller croissant. Aujourd’hui, Alzheimer est la 1ère cause de dépendance : cette maladie coûte plus cher que le cancer. Dans 15 ans, on aura 5 fois plus de risques de finir sa vie avec un Alzheimer qu’avec un cancer, c’est la raison pour laquelle il faut se mobiliser et trouver des solutions thérapeutiques qui, pour l’instant, n’existent pas.

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Pour aller plus loin : 

  • Pour s’informer ou soutenir la FRA : alzheimer 
  • Pour rappel : Chaque année, depuis 13 ans, Audiens est partenaire des Entretiens de la Recherche sur la Maladie d’Alzheimer Audiens, et présente son accompagnement auprès de ses ressortissants. Prochain rendez-vous en juin 2023.
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