Rencontre avec Olivier Derivière : le maestro geek de la composition de musique de jeux vidéo

Ajouté le 03 mars 2022, par Florence Batisse-Pichet
Rencontre avec Olivier Derivière : le maestro geek de la composition de musique de jeux vidéo

Olivier Derivière compositeur de musique de jeux vidéo et de films.
Olivier Derivière compositeur de musique de jeux vidéo et de films.
Olivier Derivière compositeur de musique de jeux vidéo et de films. ©Alexandre Jeanson

Que vous soyez familier des jeux vidéo ou non, il suffit d’écouter les mélodies d’Olivier Derivière pour être convaincu qu’il donne ses lettres de noblesse à cet univers ! Il vient de signer sa 25 ème bande originale pour le jeu vidéo « Dying Light 2 Stay Human », sorti en février 2022 (Techland). Pour les novices du secteur, voici l’occasion de faire une immersion dans les arcanes du métier avant d’aller jouer, sinon de reprendre une partie… À vos consoles !

En prélude à cet entretien, quelques mots sur le secteur ?

Le jeu vidéo est l’enfant terrible de notre époque, au même titre que dans les années 60-70, la culture du Rock était vue comme diabolique. Dans le spectre large qui couvre les industriels et les artisans, il y a encore moyen de créer de la disruption. Même si la culture du jeu vidéo s’étend aujourd’hui de 0 à 50 ans, on ne sait pas assez qu’il existe des jeux vidéo amusants et éducatifs à la fois, pour aider les handicapés, les malvoyants… La perception autour du jeu vidéo est encore très réduite alors que le champ est illimité. 

On reproche souvent la violence aux jeux vidéo…

Qu’il s’agisse de grosses ou petites licences, le jeu vidéo propose des univers avec une pluralité de thèmes (racisme, dépression, pandémie, éducation…) que seule la littérature peut dépasser. C’est aussi un moyen jouissif de vivre de l’interdit, sans promouvoir la violence, contrairement à ce que l’on peut penser. Le jeu vidéo n’est pas cantonné à la console Fifa : on peut aussi jouer sur les téléphones portables, les tablettes, Internet… Il s’avère qu’il y a plus de joueuses que de joueurs, justement parce que les femmes jouent à ces jeux. 

Quelle est la principale difficulté de ce secteur ?

Le défi avec le jeu vidéo, c’est qu’il faut toujours avancer et que technologiquement, cela tient d’une fuite en avant. Ce moteur est très motivant mais ça épuise. Il faut donc faire attention à mettre au bon endroit les priorités. J’ai frôlé le burn out sur certaines productions. 

Plus spécifiquement sur la musique : elle est devenue un art à part entière, depuis une quarantaine d’années…

Oui elle a démarré en même temps que les premiers jeux, avec Mario et Zelda. Au début, il y avait peu de moyens techniques. Ensuite la technologie s’est développée ; les musiques sont devenues plus complexes et enregistrées. 

Quelle est la différence entre un compositeur de musique de films et de jeux vidéo ?

On pourrait imaginer qu’il y a des ponts mais le métier n’est pas du tout le même. Être compositeur, c’est ce qui nous rejoint mais le médium n’étant pas le même, la façon dont on va travailler est totalement différente : le jeu vidéo n’est pas du cinéma ! Ainsi pour un film, le compositeur va pouvoir écrire de la musique à l’image, alors que pour le jeu vidéo, sachant que le développement peut parfois durer 5 ans, il va le découvrir seulement au moment de sa sortie !

Quel est le processus créatif ?

Cela dépend des compositeurs et compositrices. Dans mon cas, j’ai envie de faire avancer la proposition artistique dans le jeu vidéo. Mon cheval de bataille est de lui rendre sa singularité. Parce que l’expérience du joueur est ma priorité et qu’elle est aussi importante que le scénario lui-même, la musique doit lui permettre d’éprouver des sensations (réussite, peur, etc.) et de comprendre le jeu. Au lieu d’être seulement illustrative, la musique devient alors fonctionnelle. Sans vouloir la sacraliser, elle apporte une réelle dimension. 

Concrètement ?

Je passe un temps majeur en amont à jouer au jeu, à en discuter et à créer des systèmes avec les équipes de développeurs. C’est un travail de collaboration sur le long terme, d’un an et demi en moyenne. Alors qu’au cinéma, c’est une bande, le jeu vidéo est un logiciel dont le programme est calculé sans cesse. Les développeurs progressent : on essaye, on échoue, on retravaille et on cherche les solutions ! 

Vos atouts ?

Dès mon plus jeune âge, j’ai eu un penchant pour l’informatique qui m’a toujours fasciné. Le fait d’être transversal dans mes compétences et d’avoir une expérience me permet de comprendre les problématiques des développeurs. En outre, en tant que créatif, j’aime le changement. 

Où travaillez-vous ?

Je peux travailler partout ! J’ai un studio à Paris où je peux inviter musiciens et ingénieurs. Les mélodies classiques de ma dernière création ont été jouées par le London Contemporary Orchestra et mélangées à des rythmiques électroniques. Les pistes ont été enregistrées dans le mythique studio de Abbey Road.

Qu’appréciez-vous dans ce médium ?

La proposition artistique est incroyable et offre une liberté inespérée de création. Il n’y a aucune règle, ni ordre établi. Créer des musiques pour des jeux est passionnant car au-delà de l’amusement, j’aime y introduire ce qu’il y a de complexe dans l’humain. Les jeux ont franchi une maturité : ils sont plus profonds et porteurs de sens. Ils ne cessent d’évoluer. 

Quels sont vos critères dans le choix d’une nouvelle collaboration ?

Il se fabrique beaucoup de jeux vidéo. Parmi eux, beaucoup ne verront jamais le jour car c’est un processus complexe : une sortie tient toujours du miracle. Et parfois, il peut aussi être un échec du point de vue des joueurs. Lorsque je démarre une production avec un développeur, c’est toujours un challenge car il y a beaucoup d’inconnus, c’est un pari à la fois technique et artistique. C’est pourquoi le premier critère, ce sont les équipes ; il est essentiel de bien s’entendre humainement et artistiquement pour se serrer les coudes et s’entraider. J’ai eu la chance de tomber sur des équipes professionnelles et bienveillantes, face à la difficulté de la tâche. En outre, je travaille avec tout type de production, à l’international mais aussi en France où il y a des studios à Paris, Lyon, Lille, Bordeaux… 

Votre défi ?

Mon défi est le même depuis des années : défendre avant tout le jeu vidéo puis la musique. Il y a encore une méconnaissance aussi bien chez les professionnels eux-mêmes que chez le public. Par exemple, en écoutant mes créations, beaucoup n’en reviennent pas que ce soit de la musique de jeux vidéo ! Ils n’imaginent pas que les plus grands orchestres et les meilleurs ingénieurs y ont travaillé. Je cherche vraiment à ce que le jeu vidéo s’émancipe et crée ses propres chemins. 

Quels conseils auprès d’un jeune qui souhaiterait s’orienter dans cette voie ?

En ce qui me concerne, j’ai suivi des études classiques en étudiant au Conservatoire. Quand je suis parti aux États-Unis et que j’ai découvert le jazz, j’ai réalisé à quel point, c’était un monde en soi. De fait, je suis convaincu que n’importe qui peut écrire de la musique sans être forcément un érudit ! Quant à la musique de jeu vidéo, chacun peut se former comme il le souhaite. La seule ligne à tenir est d’être passionné de jeux vidéo ! Les acquis s’apprennent dans des écoles et sur le Net qui reste un formidable vivier de formation. Enfin, il est important de rencontrer des professionnels (des développeurs) et de mettre les mains dans le cambouis. Si l’on veut faire de la musique orchestrale, mieux vaut suivre un chemin classique auprès de bons professeurs. Dans le même temps, de nombreux compositeurs de jeux vidéo produisent une musique incroyable, sans jamais être allés au conservatoire. 

Quel est le mode de rémunération ?

Pour chaque jeu, chaque développeur, chaque éditeur, il y a des contrats différents. C’est du cas par cas. Chez les anglo-saxons, les compositeurs sont souvent mieux payés mais ne touchent pas de droits d’auteurs. D’autres proposent une participation mais si le jeu ne sort pas, vous ne gagnez rien ! 

Votre actualité ?

Il s’agit de Dying Light 2 Stay Human, un blockbuster assez fun autour d’une pandémie. Je l’ai commencé en janvier 2019 et j’ai donc créé la musique pendant le confinement ! Il raconte que même dans des situations extrêmes, il y a la faction de l’ordre et de la loi d’un côté ; la richesse humaine de l’autre. C’est une analyse sociale… 

Vous restez bien évidemment un joueur passionné ?

Le jeu vidéo est une fascination qui ne m’a jamais quitté : je joue à la plupart des jeux qui m’intéressent et friand de toutes les nouveautés. Mon père m’avait dit : « À 20 ans, tu auras tout oublié du jeu vidéo. » Plus de 40 ans après, j’en ai fait mon métier et j’en vis ! 

 

Pour en savoir plus : olivierderiviere.com
 

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