Rencontre avec Sandra Vollant, la créatrice du Phénix Festival

Ajouté le 30 juin 2022, par Florence Batisse-Pichet
Rencontre avec Sandra Vollant, la créatrice du Phénix Festival

Sandra Vollant, créatrice du Festival Phénix : « J’aimerais que les talents issus de divers horizons se rencontrent davantage. »
Sandra Vollant, créatrice du Festival Phénix : « J’aimerais que les talents issus de divers horizons se rencontrent davantage. »
Sandra Vollant, créatrice du Festival Phénix : « J’aimerais que les talents issus de divers horizons se rencontrent davantage. » ©Jond

À l’approche du Festival d’Avignon (7-30 juillet), Audiens Le Média a souhaité mettre en lumière le Phénix festival dont la 2e édition s’est déroulée du 27 mai au 19 juin, en partenariat avec sept théâtres parisiens. Son instigatrice, Sandra Vollant, en a eu l’idée pendant le tout premier confinement. Elle revient sur sa spécificité : présenter une sélection de créations en avant-première du Off de la Cité des Papes. Un pari ambitieux qu’elle résume en deux mots : « zéro frontière ! ».

Vous êtes responsable de la communication du Studio Hébertot et vous accompagnez aussi des compagnies pendant le festival d’Avignon : de quand date votre passion pour le théâtre ? 

Enfant, j’écrivais des poèmes. Puis j’ai voulu devenir styliste. Ma mère s’y opposant, elle souhaitait pour sa fille un métier « sérieux », j’ai cherché le moyen de concilier les mots et la création. J’ai alors entrepris des études en communication. Puis le hasard d’un stage en agence m’a fait découvrir le métier d’attachée de presse. Un mois après, j’étais engagée. Tout en gravissant les échelons, j’avais la bougeotte : j’ai enchaîné les postes, passant de l’agence à l’annonceur. Et contre toute attente, l’artistique est revenu sur ma route après l’installation de ma mère à Avignon. Celle-ci ayant sympathisé avec des troupes de théâtre, je fais leur connaissance jusqu’à ce qu’en 2010, un metteur en scène me propose de m’occuper de son spectacle au Lucernaire. Il s’agissait de La Compagnie de l’Ours pour la pièce d’Oscar Wilde De Profundis.

Comment vous est venue l’idée de ce festival ?

D’abord par l’absence de culture : pendant le premier confinement, le mot n’était jamais cité. Ensuite, il y a eu l’inquiétude de savoir si le festival d’Avignon aurait lieu ou pas. Je me suis alors mise à réfléchir et en faisant plusieurs constats, ce sont comme les pièces d’un puzzle qui se sont assemblées. Dans le OFF qui reste avant tout un marché pour les programmateurs, il y a en moyenne 1 600 spectacles. Pour une compagnie, le budget moyen est de 25 000 euros. Dans la plupart des lieux, les spectacles s’enchaînent sur une dizaine de créneaux. Les conditions sont difficiles avec seulement 30 min entre chaque spectacle et un montage ou démontage qui doit parfois se faire en moins 15 min. Partant de là, et forte de mon expérience de 15 ans d’attachée de presse, je me suis dit que l’on pouvait peut-être tracer un chemin parallèle et faire autrement.

Quelle est la spécificité du Phénix Festival ?

Si le OFF d’Avignon est parfois critiqué, sur l’aspect financier, notamment, il reste incontournable. Pour les compagnies qui courent des risques encore plus importants, celles qui lancent leur création, je me suis dit qu’il fallait construire un modèle plus solidaire qui les accompagne juste un peu en amont du OFF d’Avignon. C’est ainsi qu’est né le Phénix Festival. Économiquement, à la différence de ce qui se pratique généralement (location de salle), je propose un partage de risques et de bénéfices sans un minimum garanti, un vrai 50/50, comme on dit. De même, par souci d’équité et de développement durable aussi, à la différence du OFF d’Avignon, toutes les compagnies sont sur le même pied d’égalité : une affiche, des flyers et des programmes en commun. Finie la guerre de la visibilité : tous les spectacles bénéficient de la même vitrine, dépensent la même somme et respectent notre planète. Enfin, c’est un moyen d’accueillir les journalistes souvent débordés pendant le rush du festival d’Avignon et pour les compagnies, de se confronter à leurs premiers publics.

Pouvez-vous nous retracer les étapes de sa mise en place ?

Au printemps 2020, c’était la panique : les dates de tournées étaient annulées partout, les portes des théâtres restaient fermées, la culture était à peine évoquée, certains pensaient même changer de métier. Alors que tout semblait gelé, c’était à mon sens le moment de se renouveler, le Phénix Festival est alors né ! Pour le concrétiser, planter sa philosophie, j’ai lancé tout début septembre 2020 une édition zéro sur trois jours, du vendredi au samedi, au Studio Hébertot. Après avoir donné une conférence de presse avec Gilles Costaz, neuf spectacles révélateurs de la ligne artistique se sont succédé. Un mois après, en octobre, les lieux étaient à nouveau refermés : nous étions passés entre les gouttes du Covid !  Quant à la 1ère édition de juin 2021, elle tient du miracle. Alors que tous les lieux de culture étaient encore fermés, j’ai réussi à obtenir l’accord de sept théâtres. J’avais comme objectif la date du 1er juin : les restrictions ont été levées le 19 mai ! Nous n’avions donc pas travaillé pour rien depuis des mois et nous étions les seuls à être prêts.

Comment établissez-vous la programmation ?

Un appel à candidatures est lancé auprès des compagnies. Pour l’édition 2023, il se déroulera du 1er janvier jusqu’au 15 février. Par souci déontologique, je voulais un schéma parfait et j’ai constitué un comité de sélection avec un panel de métiers large composé d’auteurs, de journalistes, comédiens, metteurs en scène, producteurs, directeurs de salle… des jeunes et des moins jeunes, des Parisiens ou non, des femmes et des hommes. Il y a 20 sièges et 26 membres (sur un même siège, il peut y avoir un couple !). Ce comité n’est évidemment pas figé et se renouvelle naturellement.

Pouvez-vous dresser un bilan de l’édition 2022 qui s’est clôturé le 19 juin ?

Au total, nous avons programmé 18 créations inédites. En dehors de cette sélection officielle toujours marquée par la diversité des registres artistiques, nous avons cette année développé deux nouveautés : « les concerts aux couleurs du monde » pour mettre la musique en exergue et les « lectures à la bougie » qui mettent en lumière et de façon intimiste des projets en devenir pour l’année suivante. Toujours dans sa dynamique « Zéro frontière », j’ai souhaité mettre à l’honneur cinq territoires : l’Algérie, la Guadeloupe, la Réunion, la Roumanie et le Québec. Sur le plan organisationnel, on dit souvent que les deuxièmes éditions sont plus difficiles, je dois avouer que j’ai été confrontée cette année à des difficultés relationnelles et techniques… Le Phénix Festival est vraiment une toute nouvelle manière de penser, implanter cette nouvelle philosophie et ancrer des réflexes de solidarité n’est pas toujours choses aisées. De la même manière, nous faisons continuellement le pont entre théâtres et compagnies avec un nouveau modèle d’organisation et d’économie, il faut jouer son rôle de tampon. Du côté des salles, malgré une année théâtrale difficile, le public était au rendez-vous avec plusieurs dates à guichet fermé, comme pour Je m’appelle Adèle Bloom ou encore, La Priapée des écrevisses… 

Vos ambitions ?

Toujours performer le « Zéro frontière » entre les disciplines du spectacle vivant, en valorisant aussi bien la danse, les marionnettes, la musique, le mime, le clown … ; de même, entre théâtres privés et publics ! Faire grandir aussi ce réseau de libre circulation de la création, que j’ai commencé à initier avec un premier partenariat avec La Réunion. Il y a beaucoup de talents ailleurs, notamment en Outre-mer, mais ce n’est pas toujours facile de le faire voyager. J’aimerais que les talents issus de divers horizons se rencontrent davantage, que leurs origines se nourrissent mutuellement, nous avons tellement de choses à nous apporter toujours dans cette notion de partage et de solidarité. En 2023, j’aimerais poursuivre dans ce sens, et créer d’autres partenariats avec le Québec, la Guadeloupe, la Roumanie... Il est important, par exemple, de valoriser la plume québécoise car ils sont fans de littérature française. Et le Phénix Festival a des ailes, alors autant en profiter !

Ce qui vous anime dans le défi que représenté ce nouveau festival ?

L’enjeu du Phénix Festival est de ré-intéresser le public et notamment, celui de séduire les jeunes, d’où le tarif unique à 16 euros avec une programmation variée et des spectacles comme Cadavre exquis, K-Mille… Enfin, même si la dimension artistique est essentielle, ce que j’aime dans le festival, c’est l’humain et la rencontre.  Je suis convaincue que le Phénix a une valeur ajoutée et une fonction. À travers lui, je mets ma pierre à l’édifice pour contribuer à améliorer le monde. Être cultivé, c’est savoir bien penser. Or nous sommes de plus en plus dans une société lobotomisée.

Parmi les théâtres partenaires de l’édition 2022 :

 

Retrouvez également Audiens au festival d'Avignon.

 

Pour en savoir plus sur le Phénix Festival
À noter : pour l’édition 2023, l’appel à candidatures se déroulera du 1er janvier jusqu’au 15 février. 

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