Rencontre avec Stéphanie Tesson au Théâtre de Poche-Montparnasse

Ajouté le 18 juil. 2019, par Florence Batisse-Pichet
Rencontre avec Stéphanie Tesson au Théâtre de Poche-Montparnasse

Théâtre de Poche-Montparnasse et son bar de Poche au 75 boulevard du Montparnasse 75006 Paris
Théâtre de Poche-Montparnasse et son bar de Poche au 75 boulevard du Montparnasse 75006 Paris
Théâtre de Poche-Montparnasse et son bar de Poche au 75 boulevard du Montparnasse 75006 Paris ©Fabienne Rappeneau

Direction le 75 boulevard du Montparnasse. C’est ici, au fond d’une petite impasse, que se niche une salle mythique, le théâtre de Poche. Depuis 2013, celui qui en insuffle l’esprit et le bouillonnement, c’est Philippe Tesson. Pour faire l’état des lieux presque sept ans après, interview avec sa fille, la comédienne et metteuse en scène, Stéphanie Tesson, qui en est la co-directrice avec Charlotte Rondelez.

Si vous deviez faire le pitch du théâtre de Poche ?

Comme son nom l’indique, c’est un théâtre qui est exigu. Comme dans une poche, c’est un endroit où l’on met tout ce qui vous accompagne, aussi bien le superflu que le nécessaire ! Ce théâtre n’est pas un fourre-tout mais un véritable flacon : il contient parfois les contraires les plus absolus. Toutes les générations, les origines et les disciplines sont brassées dans une atmosphère de grande fraternité. Le Poche est une véritable communauté où règne l’esprit d’une corporation. Le foyer en est le meilleur carrefour.

De quel autre théâtre vous sentez-vous proche ?

Le théâtre de Poche a un petit air de famille avec le théâtre du Rond-Point pour la diversité de sa programmation, le foisonnement et la vie quotidienne qui se mêle à la vie artistique. Ce sont deux lieux de retrouvailles par le théâtre. 

Vous le co-dirigez avec Charlotte Rondelez, quel bilan ?

Avant que mon père ne le reprenne, le Poche avait déjà vécu ! Il a été créé en 1942 par Marcel Oger, puis a été co-dirigé par le duo Renée Delmas et Étienne Bierry, accueillant les plus grands noms et d’immenses créations. Pour qu’un lieu trouve son public et son caractère, il faut du temps. Ouvert dans sa nouvelle formule en janvier 2013, le théâtre de Poche aura son âge de raison dans quelques mois ! Aujourd’hui, il a atteint son accomplissement, un d’état d’identité absolu telle que nous rêvions de la lui donner à l’origine.

Quel est le rythme des spectacles ?

Nous avons un brassage ininterrompu 7 jours sur 7. En plus des spectacles très éclectiques que nous programmons, nous avons instauré des formules plus inédites, cabarets, conférences, ciné-club, forums... C’est une ruche qui ne s’arrête jamais car le credo de mon père est d’être dans un flux continu.

Quelle est la fréquentation ?

Depuis septembre 2018, on a enregistré une hausse assez fulgurante. Malgré de bons chiffres de fréquentation dans l’ensemble des théâtres parisiens, cette augmentation est assez spécifique au Poche. C’est le résultat d’une fidélisation du public, qui aime cette diversité. « Tiens, si on allait au Poche ? Voir quoi ? On verra, il y a toujours quelque-chose d’intéressant. », c’est le slogan idéal selon mon père ! Aller au Poche les yeux fermés ! On a également mis en place un système d’abonnement, « Le pass en poche » à 100 euros pour 5 spectacles sur un an et des tarifs réduits pour les chômeurs et les intermittents. De même, il y a eu un gros travail accompli auprès des scolaires par notre responsable des publics Catherine Schlemmer.

Comment expliquez-vous ce succès ? Des têtes d’affiche ?

Cela tient sans doute à ce rythme ininterrompu de la programmation, à la diversité de nos choix, mais à l’homogénéité de la qualité des textes présentés et des artistes qui les défendent. Et puis à cette atmosphère créée par le foyer-bar où se retrouvent les figures les plus contrastées. L’image et l’identité du Poche se précisent au fil du temps. Nous accueillons aussi bien des figures qui se font plus rares comme Marisa Berenson dans la comédie musicale Berlin Kabarett, un spectacle qui a affiché complet et fait l’objet d’un an de programmation ; ou d’autres qu’on n’avait plus l’habitude de voir ; ou bien encore des personnalités venues de la politique ou de la télévision, comme l’économiste Jean-Marc Daniel  ou le médiatique Christophe Barbier dans son Tour du théâtre en 80 minutes. Ce n’est pas par rapport à leur notoriété et leur valeur marchande que nous choisissons nos spectacles et les comédiens, mais en fonction de leur singularité et de la valeur littéraire de leurs propositions.

Comment se met en place la programmation ?

Mon père a fait ce théâtre en curieux du monde. Parfois, il programme des spectacles un mois à l’avance pour rebondir sur l’actualité. Ce fut le cas du spectacle réalisé en hommage à Michel Legrand, Michel for ever, qu’a écrit ma sœur Daphnée en moins d’un mois. Mon père est un grand torrent qui bouillonne : il apporte la folie. Toujours à l’affut de tout, il privilégie le brassage des idées et le mélange des genres. Il crée aussi des synergies avec l’Avant-scène théâtre. Charlotte Rondelez a un côté plus logisticienne. Elle est également artiste, et vient de monter avec succès La Ménagerie de verre de Tennessee Williams.

L’implication de votre père est essentielle…

Son expérience d’homme de presse du XXe siècle est majeure dans la réussite de notre programmation. C’est un homme qui aime la liberté d’expression, la pluralité des genres et la rencontre des disciplines. Il draine avec lui les derniers témoins de son époque : des artistes qui ont traversé le siècle et partagent des complicités, expériences, énergies et déceptions sur l’humanité. De Michael Lonsdale à Marcel Bluwal, Judith Magre, Marcel Maréchal, Pierre Santini… ils sont là en toute modestie et viennent par affection pour l’esprit de la maison.

Une recette magique ?

La liberté ! Elle s’appuie sur de nombreux critères, et surtout humains. C’est le fruit de rencontres avec des individus qui partagent la même vision du métier. Par rapport à une époque qui nous impose des lois pas toujours philanthropiques, ni favorables aux artistes, la qualité du rapport humain est primordiale et détermine nos choix artistiques : ce sont des fraternités et une philosophie. Ces valeurs de cœur sont essentielles. Enfin, la bonne humeur amène la bonne gestion !

Sur le choix des textes…

On remet au goût du jour des textes classiques dont les jeunes générations sont friandes. Il y a un esprit d’exigence et la reconnaissance de la supériorité de certains textes. On vient chercher une pensée avec une profondeur de regard. Nous programmons parfois des choses curieuses mais il y en a pour tous les goûts ! Nous avons à cœur de faire coïncider l’actualité et la réalité avec des œuvres pérennes. Ce désir de conciliation est très beau.

Une nouveauté ?

La formule cabaret de l’une de nos deux salles permet une souplesse de scénographie. Nous adaptons les spectacles à la disposition panoramique de la salle du bas, et nous accueillons des musiciens autour d’un grand piano à queue : c’est l’esprit du Montparnasse des années d’après-guerre qui ressuscite !

Quelle place pour les jeunes ?

Parmi nous, nous avons de très jeunes qui sont en école de théâtre. Certains travaillent à la billetterie, à la communication et ils viennent faire des rencontres et s’imprégner du métier auprès des plus expérimentés. Nous proposons aussi des séances scolaires avec des rencontres entre les artistes et le public.

Combien de permanents êtes-vous ?

Nous sommes 17 salariés et plusieurs intermittents, pour la régie, qui est importante et suppose un rythme de roulement intense.

Comment votre vocation est-elle née ?

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Je suis tombée dedans quand j’étais toute petite : toute notre vie était un grand théâtre. Pendant les réunions de famille, on jouait des pièces. Je voulais être Molière ! J’adore le côté saltimbanque car j’ai besoin de bouger et de changer de lieux. Je l’ai fait pendant 20 ans avec ma troupe et je continue à mener ma petite vie buissonnière avec ma compagnie, Phénomène et Cie. Depuis 17 ans, je suis en résidence au Potager du Roi à Versailles : ce sont des spectacles-promenades qui se déroulent dans la nature. Ils sont créés en juin pour le Mois Molière et poursuivent leur vie dans les jardins de France…

Qu’est-ce que vous aimez par-dessus tout dans le théâtre ?

Le théâtre, c’est la vie. On est toujours dans le jeu : un jeu de vie, un jeu vrai. C’est exaltant, ça tue toutes les frontières entre illusion et réalité. Tout est toujours possible dans un magma de création continue. Enfin, c’est l’abolition de l’idée de mort car on fait revivre des paroles mortes et des fantômes du passé.

Un coup de gueule ?

Je trouve dommage qu’on ne propose pas aux jeunes générations un enseignement par le théâtre, fondé sur des piliers incontournables qui structurent un esprit et une âme. On n’est pas attentif à ce qu’on se met dans la tête ! Il devrait y avoir un théâtre bio !

Un rêve ?

Que tout le monde puisse aller au théâtre une fois par semaine.

 

(1)  Professeur à l’ESCP Europe, il a donné chaque jeudi de janvier à juillet 2019, une conférence intitulée « L’économie sens dessus dessous un an après » pour faire le point 20 mois après l’élection du président de la République.

Pour connaître les pièces à l’affiche : www.theatredepoche-montparnasse.com 
 

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