Rencontre avec Thierry Calvat

Ajouté le 25 août 2021, par Juliette Benhamou et Sweet Home
Rencontre avec Thierry Calvat

Prix Entreprises & Salariés Aidants 2019.
Prix Entreprises & Salariés Aidants 2019.
Prix Entreprises & Salariés Aidants 2019. ©Erwan Floc’h

Thierry Calvat, sociologue de formation, intervient dans le champ de l’innovation sociale et de la santé. Il présente la valorisation et la reconnaissance du potentiel économique et social des aidants. Il est également co-Fondateur et animateur du Cercle Vulnérabilités et Société, think tank dédié à une nouvelle façon d’envisager et de tirer parti de la vulnérabilité.

À vos agendas !

Le 27 septembre 2021 aura lieu la 5e édition du Prix Entreprise & Salariés Aidants organisé par Audiens.
Depuis 5 ans, le Prix Entreprise & Salariés Aidants récompense chaque année les meilleures initiatives des organisations en faveur de leurs collaborateurs aidants familiaux ou « proches aidants ».
La pandémie du Covid-19 a mis en lumière de nombreux dysfonctionnements dans le domaine de la santé. Plus que jamais les proches aidants ont dû assumer de nouvelles responsabilités pour pouvoir s’occuper correctement de leurs proches. Ces tâches, en particulier autour du soin, ne sont pas sans conséquences. Stress, charge mentale, épuisement émotionnel, si les proches aidants continuent d'assumer ces responsabilités, ils risquent de voir leur propre santé se détériorer rapidement.
D’autres aspects de la crise ont émergé pour les salariés aidants. Télétravail, horaires aménagés, aides sociales… Thierry Calvat nous parle, par le prisme de l’entreprise, des évolutions dues à la crise.

Avez-vous constaté une évolution dans l'écosystème des aidants depuis la crise du Covid-19 ?

Il y a ce qu'on voit. Et il y a la réalité chiffrée dont on ne dispose pas forcément. Très peu d'études ont été menées sur le sujet des aidants et la façon dont le confinement les a touchés. Le Collectif Je t’aide en a réalisé une à partir d'un échantillon de 800 personnes. Elle révèle des aspects intéressants touchant à la question du travail, de ce que c’est que de vivre avec quelqu’un 24 heures sur 24. Le type de ressources qu’on mobilise aussi, la difficulté, la charge etc…
C'est intéressant de partir de ce que les personnes ont vécu. Comme dans n'importe quel phénomène de crise qui a un effet grossissant, il y a eu une forme d'opportunisme quant à la crise et à la façon dont le monde du travail s'est organisé. Comme avec le télétravail, et les horaires un peu différents. Qui sont finalement adaptés à la vie de l’aidant. Les aidants ont pu y trouver des façons de ritualiser leurs journées.
Si on se pose du côté salarié, les aidants n’ont plus eu de problème de déplacements et pouvaient être présent 24 heures sur 24 auprès de leur proche. Après qu’est-ce que ça représente sur la charge mentale, c’est un autre sujet.
Certains ont vu dans cette nouvelle organisation quelque chose à prolonger après la sortie de crise. Mais pas tous. Ce n’est pas tous les aidants qui demandent du télétravail. Il y a eu une transformation pour les aidants qui ont surtout exprimé l’envie de se faire aider.
Du côté de l'employeur, on aimerait croire que le confinement a aidé les entreprises à prendre conscience qu’elles ont des salariés aidants dans leurs effectifs.

Sur le terrain, nous avons assisté à deux types de comportements.

  • Celles qui ont mieux compris la nature du problème et qui l’ont géré comme elles ont pu (mobiliser une assistante sociale, trouver des aides, aménager les horaires…).
  • Et d’autres qui avaient des politiques ou des dispositifs pour leurs salariés aidants et qui ont vu une forme d'accroissement des demandes, tout simplement parce que le canal existe.

D'un point de vue sociétal, la question clé est la suivante : Le COVID a-t-il joué un rôle d'accélérateur dans la prise de conscience de la situation d’aidance. Soit pour des raisons endogènes : les aidants se sont rendus compte qu’ils avaient besoin d’aide. Soit pour des raisons exogènes : les principaux financeurs qui sont les entreprises se disent qu’elles ont un problème à régler. Tout l’objet du Prix Entreprise & Salariés aidants par Audiens est d'aborder cette question.

Comment est-ce que le télétravail a pu avoir un impact sur les relations aidant-aidé ?

Ce qui ressort de l’étude est que la visioconférence, le fait d'être chez soi et de pouvoir travailler depuis chez soi était plutôt une bonne chose dans l'organisation de la vie d’un aidant.
Mais en même temps, quand vous demandez aux gens si ce sont des choses qu’il faut poursuivre, la réponse semble beaucoup plus nuancée.
Comme n'importe quel salarié, ils ont aussi besoin de se sentir appartenir à un collectif où on peut créer des relations humaines.
La crise joue chez les aidants une espèce de rôle amplifié par rapport à ce que l'ensemble des collaborateurs peuvent vivre. Ils vivent la crise avec un coup d'avance par rapport aux salariés qui, eux, ne sont pas aidants.

Comment expliquez- vous ce coup d’avance ?

C'est tout simplement des gens qui ont déjà l'habitude de la contrainte. Le quotidien de l'aidant est, à un moment donné, aussi fait de renoncements. Ils sont en capacité de se dire dans ma vie personnelle, j’ai bien compris que je ne pouvais pas être aux côtés de mon proche et en même temps au cinéma ou à la salle de gym ou avec mon amoureux. Il y a une forme de résilience consubstantielle à l’aidance.
Cette résilience est doublée par un autre élément : l’aide familiale génère une capacité particulière (AG2R, AFA et Cercle Vulnérabilités et Société(sic)). Cette compétence passe notamment par l’auto-organisation, le fait de savoir résoudre des problèmes complexes et la capacité de travailler avec les autres. C’est précisément les compétences qu’on a dû mobiliser pendant la crise pour travailler depuis chez soi, parfois dans des conditions difficiles. Ils sont en réalité des collaborateurs extrêmement contemporains et adaptés aux défis à venir.

Comment faire évoluer la perception du recruteur par rapport aux aidants ?

C'est une évolution lente. La première évolution, c'est celle du monde du recrutement lui-même. Les recruteurs s'intéressent de plus en plus à la question des soft skills. Mais ce processus est long. Il y a un autre travail ; c’est envisager l’aidant non pas comme celui qui a des besoins mais comme celui qui a du potentiel. Le grand renversement, il est là.

Comment est-ce qu'on fait changer les mentalités ?

On a déjà des outils qui ont été mis en place qui doivent normalement permettre de pouvoir un peu changer les représentations.
Je prends l’exemple du taux d'absentéisme des aidants. Sur Twitter, notamment, on évoque le fait que les aidants ont 16 jours d’absence par an. La réalité, c'est que quand vous regardez le baromètre annuel, le taux d'absentéisme total de tous les salariés se situe entre 16 et 17 jours. Donc les aidants ne sont pas plus souvent absents, ou très marginalement.
Quand vous comparez la difficulté à concilier vie privée et vie professionnelle, vous arrivez à des niveaux qui sont à peu près équivalents entre les aidants et l'ensemble des salariés. Chez les aidants, il y a une juste place du travail. C’est vraisemblablement le « moins bon candidat au burn out professionnel ». Parce que, précisément, c'est celui qui sait mieux qu'un autre mettre la juste distance entre vie pro et vie perso.

Quelle était l’intention derrière le Prix Entreprise & Salariés aidants ?

Le projet a été fondé par Edouard de Hennezel. C’était l'idée qu’on peut changer par effet d’entrainement. Comme l’humain, l’entreprise est aussi un animal mimétique : si une entreprise bouge dans une direction, les autres la suivent. Et donc le Prix met en avant les bonnes pratiques et génère du comportement. On essaie d’enrichir cette idée en mettant aussi en avant des éléments qui peuvent faire changer l’attitude et les représentations des chefs d’entreprise, des décideurs, des managers vis-à-vis des aidants.
La réalité aujourd'hui, c’est qu’on demande aux entreprises de bouger en direction des aidants. Mais le discours médiatique est encore largement construit autour des mauvaises raisons. On leur dit “attention, parmi vos ressources, vous avez des gens qui sont souffrants, stressés, absents”. On vend finalement une espèce de petite musique doloriste - et finalement très moralisatrice - dans laquelle on pense qu'en appuyant sur certains types de besoins, on va pousser les entreprises à mieux intégrer la question des aidants.

D'après vous, comment est-ce que l'on pourrait en sortir de ce paradigme ?

Aujourd'hui, une des façons de changer les choses, c'est peut-être de donner la parole aux aidants qui vivent de façon heureuse leur aide. Or, il ne semble pas qu'on voit fleurir beaucoup de témoignages qui disent à quel point, c'est une action ou une activité qui peut générer des avantages ou du positif.
Aujourd’hui, on envisage le marché des aidants sur la base d'opinions et pas forcément des faits qui sont issus des études ou observations posées.
Vous avez beaucoup d’aidants qui sont des salariés qui pourraient être aidés, mais plutôt sur le mode du coup de pouce. C'est sûr que quand vous êtes confiné dans un petit appartement de 30 mètres carrés avec la personne que vous accompagnez, que vous avez un tout petit salaire, ce n'est pas tout à fait pareil que quand vous êtes aidant salarié dans un 150 mètres carrés, avec un jardin et éventuellement deux enfants qui peuvent prendre le relais. Ces deux personnes là sont mises dans le même panier et on envisage qu'on va vendre exactement les mêmes types de services à l'une et à l'autre.
Le vrai besoin aujourd'hui, c'est aussi qu'on puisse reconnaître les aidants pour autre chose que simplement le fait qu'ils soient aidants. Ne pas être forcément une figure héroïque, sacrificielle, mais aussi comme ayant un potentiel, une vraie contribution qui peut amener à la société des compétences nouvelles.

 

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