Un demi-siècle de cinéma avec Pierre-William Glenn

Ajouté le 27 mai 2020, par Florence Batisse-Pichet
Un demi-siècle de cinéma avec Pierre-William Glenn

Pierre-William Glenn lors du tournage de la sortie des usines lumière lors du festival Lumière.
Pierre-William Glenn lors du tournage de la sortie des usines lumière lors du festival Lumière.
Pierre-William Glenn lors du tournage de la sortie des usines lumière lors du festival Lumière. ©Alain Besse

À 76 ans, Pierre-William Glenn est un film vivant du cinéma français. Considéré comme l’opérateur de la Nouvelle Vague, ce directeur de la photo a travaillé avec les plus grands réalisateurs. Président de la CST (Commission supérieure technique de l’Image et du Son), il a été pendant dix-sept ans le responsable des projections au Festival de Cannes. Son regard sur le métier reste toujours aussi vif.

Qu’est-ce qui vous a construit fondamentalement ? 

Blanche Neige. J’ai six ans, c’est ma première séance de cinéma. Puis, il y aura la fréquentation de Claude Miller qui deviendra mon beau-frère et, enfin, ma passion pour la moto qui résume la puissance du mouvement. 

Votre formation ?

J’ai étudié les mathématiques en Maths Sup et Maths Spé mais je n’ai pas pu intégrer Centrale ou Polytechnique car, au lieu de plancher les maths et la physique, j’allais au cinéma déraisonnablement. J’ai alors décidé passer le concours d’entrée à l’IDHEC. Après une année sélective de préparation au Lycée Voltaire, j’ai réussi l’entrée en section prise de vue. J’ai toujours pensé qu’il fallait savoir comment fabriquer un film pour avoir l’idée de le mettre en scène. 

Quelles sont les qualités d’un opérateur ?

C’est un métier qui demande une discipline d’esprit et de vie : il y a un côté mécano et un côté « intello ». Empathie et confiance sont nécessaires car le chef opérateur - ou directeur de la photographie - apporte au réalisateur un autre œil que le sien. Il doit anticiper les meilleures conditions de tournage pour que les acteurs soient respectés dans leur composition. Cela implique une relation affective. Notre rôle est de donner au metteur en scène ce qu’il veut voir et ce dans toutes les conditions… matérielles et spirituelles. La vision de la mise en scène est aidée par le chef opérateur, elle s’oppose parfois à la production. 

Votre carrière en résumé ?

J’ai démarré en 1966 comme premier assistant, puis caméraman avant d’obtenir le statut de « chef op ». Ma chance a été d’avoir toujours eu plus de propositions de films que ce que je ne pouvais en faire, soit trois à cinq par an. De Truffaut à Lelouch en passant par Jacques Rivette, Maurice Pialat, Alain Corneau, Costa-Gavras, Bertrand Tavernier, Joseph Losey, John Berry, George Roy Hill, Sam Fuller, Philippe Labro, Corey Allen, Robert Enrico, Pierre Granier-Deferre, Yannick Bellon, Guillaume Nicloux, Michel Deville… Scénariste en collaboration d’une quinzaine de films développés avec Jean Cosmos, Frédéric Fajardie, Philippe Lasry, Sébastien Doubinsky et Jeff Cox, Patrick Raynal.

Le souvenir d’un moment de grâce ?

Le tournage peut être un lieu de conflit et de bonheur. Parvenir à s’imprégner d’un film et atteindre ce moment subtil de communion entre acteurs et techniciens, cela m’est arrivé de nombreuses fois. Je pense surtout à deux films : Monsieur Klein et La mort en direct, avec Romy Schneider… Mes films ont été, pour moi, des moments de grâce : Le Cheval de Fer, Terminus, 23h58 et Portrait de Groupe avec Enfants et Motocyclettes

Une anecdote ?

Alors qu’il avait une réputation difficile avec les équipes, j’ai travaillé deux fois avec Maurice Pialat. Sur le tournage de Loulou, il m’a demandé en dépannage. Au final, je suis resté trois semaines et j’ai réussi à établir avec lui une forme de… complicité.

Qu’a provoqué l’arrivée du numérique ?

Depuis cinq ans, on voit arriver des opérateurs qui connaissent la technique mais pas le métier. D’ailleurs, certains réalisateurs préfèrent s’affranchir d’un chef op et s’en remettre à la postproduction. Cela crée une perte de qualité sur le regard des acteurs.

Vous avez enseigné pendant quinze ans à la FEMIS…

Si j’ai beaucoup appris des anciens, de l’ancienne école (notamment de Henri Alekan, il m’a fallu, à mon époque, me battre contre les secrets cachés. Pendant qu’on tournait un plan, l’opérateur demandait aux assistants de tourner la tête pour qu’ils ne voient pas son diaph. C’était ridicule. J’ai appris en revoyant énormément les films et en discutant avec les opérateurs. La transmission est essentielle. Je suis fier de voir que parmi les étudiants que j’ai formés, des filles et des garçons de talent ont émergé et ont été félicités par le métier cette année aux César.

Y-a-t-il de la place pour des femmes chef op ?

Depuis dix ans, il y en a de plus en plus. C’est le reflet d’une féminisation de la profession au sein des machinistes, décorateurs, chefs électro… Certes, les caméras sont plus légères, mais les filles ont autant de résistance sinon plus que les garçons. En outre, leur imagination par rapport à la sexualité et aux relations hommes-femmes, amène une complémentarité avec le metteur en scène. 

Qu’est-ce qui vous anime aujourd’hui ?

J’aspire toujours à remonter sur la moto et à faire des films. D’ailleurs, je viens de finir « Les silences de Johnny », un documentaire qui devrait sortir en décembre 2020. Si je n’aime pas Johnny chanteur, je l’aime comme acteur. Il joué dans 34 films (parmi lesquels Terminus en 1987), mais personne ne le sait. Nous avons beaucoup échangé sur cette idée-là. Il a une présence à l’image étonnante.

Un coup de gueule ?

2019 a été une des plus belles années car il y a eu une réflexion sur la sortie des films. Mais on dérive de plus en plus vers de petits supports, avec un changement d’attitude des consommateurs. Un film, même intimiste, est fabriqué pour être projeté sur grand écran, sinon il est dénaturé : voir un film réduit à la taille d’une main sur un écran est criminel. Il y a dix ans, j’avais déjà alerté sur ce risque. Même les tables de mixages n’ont pas échappé au phénomène.

Vous êtes le président d’honneur du French Festival de Richmond aux États-Unis ?

Le hasard d’une rencontre lors d’un colloque m’a permis de faire la connaissance des deux fondateurs de ce festival, Peter et Françoise Kirkpatrick, professeurs de littérature, de culture et de cinéma français à la Virginia Commonwealth University et à l'Université de Richmond. Il se trouve que c’est dans cette même ville que mes deux grands-pères américains ont vu le jour. Mon aïeul paternel était un aventurier ; celui du côté maternel, était noir et musicien de jazz. Tous les deux sont venus en France et ont épousé des Françaises. À travers la CST, je me suis impliqué dans ce festival qui met à l’honneur le cinéma français. Des milliers de cinéphiles américains s’y rendent et les projections sont accompagnées de master-class. Le festival bénéficie du soutien d’Audiens et ses fondateurs ont été les lauréats 2017 de la Fondation Audiens Générations. En 2003, ce festival a été reconnu officiellement comme le festival de films français le plus important dans le pays par l’ambassadeur français aux États-Unis à l’époque, Son Excellence Jean-David Levitte. Depuis, cette notoriété ne s’est pas démentie.

 

Mini bio

31 octobre 1943 : naissance à Paris 
1969 : chef opérateur
1976 : cadreur pour le film Monsieur Klein de Joseph Losey 
1997 à 2000 : président l’Association française des directeurs de la photographie  cinématographique (AFC)
2005-2019 : codirecteur du département Image à la Fémis 
2002-2018 : président la Commission supérieure et technique de l’image et du son (CST)
2019 : réalisateur du documentaire Les silences de Johnny 

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